Il y a quelque chose d’assez ironique dans La Femme secrète. Le film commence par une question qui pourrait tenir tout un thriller : et si votre vie entière reposait sur une identité qui n’est pas la vôtre ? Louise vit tranquillement en Norvège, avec Joachim, jusqu’au jour où un homme lui affirme qu’elle est Helene Söderberg, une héritière danoise disparue trois ans plus tôt. Un test ADN confirme l’impossible. Et soudain, son passé revient réclamer la place de son présent.
Sur le papier, c’est une excellente mécanique. Une femme qui ne sait plus qui elle est doit enquêter sur celle qu’elle était. Son idée la plus intéressante devient alors : peut-on retrouver son ancienne identité sans perdre celle qu’on est devenue ?
Mais c’est précisément là qu’il recule.
À mesure que les révélations arrivent, les personnages deviennent surtout des fonctions du scénario. Edmund doit être inquiétant. Caroline doit cacher quelque chose. Les souvenirs doivent revenir au moment utile. Les indices doivent enfin s’emboîter. Et le mystère, qui aurait pu explorer la mémoire et le traumatisme, devient une mécanique de tiroirs qu’on ouvre l’un après l’autre.
Le passé criminel de la famille Söderberg semble plus vaste que ce que le film accepte réellement d’affronter. La mise en scène préfère l’atmosphère nordique, les maisons impeccables, les silences et les visages fermés. Tout respire le danger. Mais le film transforme parfois cette atmosphère en substitut de profondeur.
Et c’est peut-être sa vraie faiblesse.
La Femme secrète veut nous faire croire que retrouver la vérité suffit à réparer une vie. Or sa propre histoire raconte presque l’inverse. Louise n’est pas une erreur que Helene devrait simplement corriger. Les années vécues sous cette identité ont compté. Joachim n’est pas un détail du passé. Son fils non plus. Une identité retrouvée n’efface pas une identité vécue.
Le film touche alors quelque chose de plus intéressant que son intrigue policière : nous ne sommes peut-être pas seulement ce dont nous nous souvenons. Nous sommes aussi ce que nous avons réussi à devenir après ce que nous avons oublié.
Mais au lieu de pousser cette idée, La Femme secrète retourne vers son thriller, révèle ses coupables et referme le dossier.
C’est frustrant, parce que le film avait exactement le bon mystère. Pas seulement : « Qui est cette femme ? » Mais : « Pourquoi cette nouvelle vie lui ressemble-t-elle parfois davantage que l’ancienne ? »
Et là, La Femme secrète avait quelque chose de vraiment troublant à raconter.
Il choisit finalement de nous donner une réponse.
Alors qu’il aurait pu nous laisser avec une question.
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