Transcription confidentielle d’une séance avec la sexologue Dr. Aude Lavoie, quelque part entre le confessionnal et le festival de Cannes.
Moi (le critiqueur cinéphilo-hormoné) :
Docteure Lavoie, merci de me recevoir. Je viens vous voir parce que j’ai... un léger conflit intérieur. Il concerne Sophie Marceau. Plus précisément La Fille de d’Artagnan. Encore plus précisément : cette scène où elle montre ses seins à Quentin. Et, enfin, pour être très exact : ma capacité à me la repasser en boucle à une époque où le magnétoscope était une arme d’auto-destruction massive.
Dr. Aude Lavoie (sexologue, calme olympien) :
Je vous écoute. Vous avez dit que cette scène a été marquante ?
Moi :
Marquante ? À ce stade-là, on parle d’une empreinte. Une brûlure. J’avais l’impression que la cassette vidéo avait des zones d’usure, mais c’était juste moi, usé de l’intérieur. Comprenez, j’étais déjà tombé amoureux d’elle dans L’Étudiante. Ce mélange de fragilité littéraire et de sensualité naturelle. Mais dans La Fille de d’Artagnan, elle brandit l’épée ET la poitrine. Je n’étais pas préparé.
Dr. Lavoie :
Vous associez donc érotisme et héroïsme ?
Moi :
Exactement. Le film réussit ce mélange rare entre film de cape et fantasme de canapé. Bertrand Tavernier, ce petit coquin lettré, a compris qu’un film de mousquetaires pouvait aussi être un film d’émotions... en bas du ventre. Il aurait pu faire un Barry Lyndon à la française, mais il a choisi Les Trois Mousquetaires version hormones adolescentes.
Dr. Lavoie :
Et sur le plan cinématographique ? Qu’avez-vous pensé du film, au-delà du charme de Sophie Marceau ?
Moi :
Ah, parlons cinéma ! Le film, disons-le, est une bonne cuvée. Du panache dans les dialogues, un rythme enlevé, et une mise en scène qui ne se prend pas trop au sérieux tout en évitant la gaudriole de taverne. Sophie Marceau y joue avec une sincérité désarmante. Elle ne cabotine pas, elle ne minaude pas. Elle est — pardonnez-moi l’analogie — comme un éclair au chocolat : on sait que c’est sucré, mais bon sang, qu’est-ce que c’est bien fait !
Philippe Noiret, en d’Artagnan vieillissant, grognon mais pas encore gâteux, nous livre un mentor délicieusement fatigué du monde, avec un regard à la fois tendre et dépassé. Et la galerie de seconds rôles ? Délicieuse brochette de trognes franchouillardes, comme on n’en fait plus. Des bretteurs et des traîtres, du vin, du verbe, et même un soupçon de politique.
Dr. Lavoie :
Et la scène dont vous parliez... Que symbolise-t-elle, selon vous ?
Moi :
C’est la bascule. Le moment où l’héroïne, jusque-là fringante et décidée, utilise aussi sa féminité comme arme. Pas une arme de séduction vulgaire — une arme de stratégie. Elle se dévoile non pour plaire, mais pour convaincre, pour rallier. C’est Judith décapitant Holopherne, version décolleté. Et moi, à 14 ans, dans mon jogging bleu en molleton, je suis tombé amoureux d’une femme qui ose tout : dégainer son épée et sa poitrine pour une cause.
Dr. Lavoie :
Donc, ce film n’est pas qu’un souvenir érotique, mais aussi un manifeste adolescent de vos idéaux féminins ?
Moi :
Oui ! Sophie Marceau, c’est ma Marianne, mon Antigone, ma Wonder Woman en bas de soie. La Fille de d’Artagnan, ce n’est pas juste une comédie de cape : c’est une aventure fondatrice. Il y a des gens qui découvrent leur vocation en regardant Jurassic Park, moi c’était en la regardant, elle, sauver la France, cheveux au vent, regard déterminé, et poitrine fièrement exhibée en pleine négociation diplomatique.
Dr. Lavoie :
Je vous remercie pour votre honnêteté. Je vous prescris :
• Une relecture de La Princesse de Clèves
• Une boîte de mouchoirs — pour les larmes, évidemment
• Et pourquoi pas... une revisite du film, mais cette fois en observant les dialogues.
Moi :
Marché conclu. Mais j’avoue que, même aujourd’hui, en 2025, quand je vois ce film, j’ai encore un frisson dans le caleçon et une pensée émue pour Tavernier, Marceau... et le bouton "pause" du magnétoscope.