Ferris Bueller’s day off est un fantasme de comédie sur l’adolescence et un fantasme d’adolescent. Ferris n’a pas de limite, le film non plus. En effet, la réussite est celle d’une école buissonnière poussée à son paroxysme tant la journée du personnage sera aussi folle que le titre français l’annonçait.
Tout fonctionne pour Ferris qui va berner tout son petit monde. Même quand en apparence cela ne fonctionne pas il y aura toujours quelqu’un pour le sauver : sa petite amie Sloane, son meilleur pote Cameron ou sa frangine Jeanie. C’est une star. Il sera au volant d’une Ferrari. Il faut même le sauver (puisqu’il fait croire qu’il a besoin d’un rein) c’est dans les journaux, sur les enseignes lumineuses et dans les bouches de tout le monde, ce qui n’est pas du goût du proviseur qui ne rêve rien de plus que le coincer.
En résulte une pure comédie burlesque, sur un rythme un peu étrange, parfois down tempo parfois presque en surrégime, se permettant de briser continuellement le quatrième mur (Ferris s’adressant régulièrement au spectateur jusque dans une iconique scène post générique) ou une incartade musicale dans les rues de Chicago sous une fanfare accompagnée du Danke Schoen, de Wayne Newton ou du Twist & shoot, des Beatles ou ce magnifique flottement au musée devant un tableau de Seurat.
Le film ne fait jamais office de succession de sketchs – C’est pas Les sous-doués, quoi. Tout est d’ailleurs ni forcément drôle ni foncièrement réussi mais dessine le portrait d’une jeunesse malade, en fuite, intéressée par rien, en décalage total avec le monde des adultes, indifférents à eux au mieux, sous leur emprise (Cameron, sous celle de son père) au pire.
Certes le film ne va pas si loin que The Breakfast Club, qui est une comédie en rupture. Mais sous ses contours légers, une mélancolie subsiste. Car malgré tout il n’y aura pas de miracle du temps : c’est la fin du lycée avant la Fac. Pas plus qu’il n’y a de miracle en faisant marche arrière avec la voiture : le kilométrage ne baisse pas.