La tentative d’approche du conflit 14/18 très novatrice est louable, voire même par moments admirable. Camille l’androgyne, incarnée par une Testud plus insaisissable et fascinante que jamais, qui court après un mari mort ? perdu ? se révèle être un ange déchu annonciateur d’une prophétie du malheur. Elle symbolise dans son combat contre nature, toute la déraison que provoqua la dernière année de cette sale guerre. Bozon est passionné par son sujet, il réussit à nous tenir en haleine avec une belle conviction. Il se laisse aussi débordé par cette ambition et souffre d’un manque de moyen pour mieux l’extérioriser. Alors parfois il compense, tablant sur l’originalité. Ca fonctionne lorsqu’il s’agit de la parabole de l’Atlantide, sorte d’Eldorado mythique à atteindre, là où l’on espère « que les esprits sont petits sont petits, pas étroits », un pays où il n’y a pas d’orphelins ni de malheureux. Ca frise le ridicule quand nos trouffions entonnent des chansons pop, adaptées pour la circonstance, disgracieuses tant dans le texte que dans l’interprétation. Elle viennent contrarier le récit et casse le rythme du film qui ne tient déjà qu’à un mince fil de soie poétique. Mais les interprètes compensent, Testud est entourée d’hommes. A commencer par un Pascal Gregory émérite en Lieutenant paternaliste et surtout François Négret fiévreux et fabuleux, l’année 2007 signe décidément son retour . Bozon a ses références, il filme à la manière de Rivette (épure de l’image, du décor) ou de Rohmer (théâtralité de la gestuelle, du texte), mais il manque encore un peu de cohérence en matière artistique. Une légère déception pour un film tout de même audacieux et plein de charme.