On poursuit tranquillement l’exploration de la filmo de Jimenez. A l’heure où j’écris ces lignes, il ne reste plus que HhhH à voir. Ici, place au deuxième long métrage du bonhomme, toujours coscénarisé par Audrey Diwan. Cette fois, on sent que les moyens ont été mis sur la table.
Marseille, les années 1970. Pastaga et gros billets. La pègre marseillaise règne alors sur le commerce d’Héroïne, notamment grâce à une mondialisation du trafic qui permet d’écouler le produit fini sur la côte est des States. Pour tenter de freiner, voire anéantir le réseau, on nomme un juge incorruptible et tenace, le juge Michel. Celui-ci aura face à lui le parrain en personne, Zampa.
C’est très immersif. Ce Marseille d’alors, on s’y croirait. Il y a à la fois le soleil jaune et le filtre vaguement gris qui donne au film sa touche seventies. Il y a les décors et tous les petits accessoires d’époque. On reconnaît déjà la volonté de Jimenez d’emmener son spectateur sur le terrain, de le faire quitter la salle dans laquelle il est installé. C’est une belle galerie de portraits avec des gueules comme il en faut dans ce genre de cinéma. En stars, Lellouche et Dujardin sont parfaits, Lellouche en particulier, félin et solide sur ses appuis. Cette confrontation nous rappellera le Heat de Michael Mann. Est-ce volontaire ? On sait à quel point Jimenez aime la fusillade à l’américaine alors oui, probablement. Sauf qu’ici, nous n’avons pas de Niro et Pacino. Ça change beaucoup de chose. Si la confrontation directe ou non est au cœur du récit, elle n’atteint jamais le degré de tension voulu, notamment du fait d’une interprétation moins incarnée et à fleur de peau. C’est pas grave car le film a d’autres atouts, mais disons que la comparaison ne joue pas en sa faveur. Pour continuer dans les écueils, on regrettera la mise en scène de la vie familiale du juge qui n’a d’intérêt que pour déboucher à l’émotion de la fin du film. Dujardin est ici trop lisse pour incarner toute déviance chez ce personnage. Reste que l’intrigue se tient bien et que le suspens est entretenu patiemment. Donc concrètement, on ne s’ennuie pas, même si on se dit qu’on aurait bien enlevé une vingtaine de minutes.
Donc ? Un bon thriller à l’américaine qui n’est certes pas parfait mais qui remplit très bien son contrat. On reconnaît un style qui s’affirme et c’est plaisant à voir.
>>> La scène qu’on retiendra ? C’est là que Jimenez est le meilleur : la scène de l’assaut dans le labo dans la pampa. Sec, vif, sans fioriture. Nickel.