Je connaissais la version de Jacqueline Audry tournée en 1957, que je trouvais faible. Mais en comparaison de "La garçonne" de Jean de Limur, c'est un brûlot féministe !
De Limur tourne un film qui manque tellement d'audace, auto-censure oblige, qu'il en devient insignifiant. En deux parties distinctes, la première qu'on peut qualifier de drame bourgeois, la seconde de drame sentimental qui en est la conséquence, "La garçonne" aborde les thèmes du roman originel avec des pincettes.
En réaction à une société patriarcale décevante -un père qui l'enjoint de faire un mariage d'argent, un futur mari menteur - l'héroïne Monique Lerbier entreprend sa vie professionnelle et amoureuse en dehors des canons sociaux. Mais, comme rien n'est dit, rien n'est démontré ni dénoncé, le film est lisse. L'amateur de situations "scandaleuses" sera désappointé : le court épisode lesbien de Monique est traité avec une telle pudibonderie qu'il est invisible -et, de fait, Arletty dans le rôle de l'amante passagère est transparente, faute de matière. L'homosexualité féminine est illustrée par deux ou trois plans de femmes allongées, lascives, fumant de l'opium.
Dans ces conditions, on reste dans une forme de mélo complètement anecdotique et Marie Bell, aux qualités d'actrice déjà limitées, incarne très médiocrement, très insuffisamment la garçonne. Lorsque cette dernière prétend être passée par des moments pénibles, on comprend bien que l'adaptation les a éludés ou aseptisés.