Ah mais quelle immense et belle surprise La Grazia ! Une surprise car, jusque là, je n'était pas très réceptif au cinéma de Sorrentino, jusqu'à même détester Parthenope l'année dernière...
Mais cette année, le cinéaste italien nous livre un film passionnant, stimulant, profond et émouvant.
Ce film est d'une richesse colossale, et parvient à traiter une multitude de thématiques avec finesse. C'est notamment un très beau film sur la vieillesse. En opposition à la passion et à la certitude inébranlable qui caractérisent la jeunesse, la vieillesse est ici synonyme de doutes et de prises de tête. Des doutes qui naissent naturellement d'une vision plus critique et nuancée que l'on se fait du monde, avec les années qui s'additionnent. Et comme le dit si joliment le film, il y a une forme de beauté à cela.
On comprend malgré tout que notre personnage principal puisse envier la légèreté qu'il perçoit dans la jeunesse, lui qui est accablé par le poids des années. Des années à se construire des principes moraux qu'il va peut-être devoir ébranler, face aux passionnants dilemmes auxquels il se retrouve confronté lors des derniers mois de son mandat présidentiel.
Mais c'est un homme qui vieillit bien, car justement il doute. Il n'est pas si enfermé que ça dans ses certitudes. Enfin plutôt... Il l'est, mais on sent que le cadenas peut céder. Il a le cerveau en constante ébullition, ce qui est d'ailleurs très habilement représenté par cette bande-son électro très entrainante, symbolisant la stimulation intellectuelle du personnage.
Mais tout ne tourne pas autour de lui. Son univers nous est magnifiquement dépeint à travers une galerie de seconds rôles très marquants : sa fille évidemment, magnifique personnage féminin qui redoute d'avoir déjà perdu la légèreté de la jeunesse. Mais aussi des rôles encore plus secondaires : le pape, le général, le colonel garde-du-corps... Tous permettent d'enrichir et d'apporter de la concrétisation à cet univers qui entoure ce président fictif.
Et le plus beau, c'est que La Grazia va au-delà de cette passionnante stimulation intellectuelle pour le spectateur. C'est aussi une œuvre profondément émouvante par moment, rien que dans certains plans magnifiquement composés, drainant avec eux la sensibilité profonde des personnages qui nous touche en plein cœur. Une femme qui marche à l'horizon, une prisonnière qui lâche une larme, un astronaute qui lâche une larme, deux vieux amis se tenant la main dans une voiture, un frère embrassant sa sœur...
Grâce à tout cela, à la fin de la séance, on se sent comme en apesanteur.