🎬 LA GRAZIA - Paolo Sorrentino | ⭐ 8/10
Après Parthenope, descendu en flèche par la majorité des critiques et des spectateurs, mais l'un de mes films préféré de 2025, Paolo Sorrentino nous revient déjà avec un grand film, beaucoup plus sobre, sur le pouvoir.
À travers le portrait d’un Président vieillissant en fin de mandat, le cinéaste dépasse rapidement le simple film politique pour toucher à des territoires plus universels : la solitude, le doute, l’usure intérieure de ceux qui doivent décider pour les autres.
La mise en scène fascine d’emblée. Sorrentino déploie avec une maîtrise intacte ses travellings élégants, ses ralentis suspendus, ses cadres somptueux, retrouvant son acteur fétiche Tony Servillo, impérial de retenue et de gravité. Le film reste très lent, et parfois inégal, mais il sait alterner avec intelligence les séquences graves et des touches plus légères. Les incursions du rap et de l’électro dans la bande-son insufflent également une énergie inattendue, apportant au récit une modernité bienvenue.
Touchant dans sa manière de filmer un homme de pouvoir confronté à la fin de son mandat, à plusieurs dilemmes moraux, le film s’articule autour de trois décisions majeures : deux grâces présidentielles et une loi sur l’euthanasie.
Pourtant, la réflexion ne va pas suffisamment loin. Dès les premières minutes, des incrustations listant l’étendue vertigineuse des pouvoirs du Président italien rappellent une réalité troublante : des choix déterminants pour des millions de vies concentrés entre les mains d’un seul homme. Et si le film pose explicitement la question « à qui appartiennent nos vies ? », notamment à travers le personnage très intéressant de la fille du Président, il semble toutefois s’arrêter au seuil de cette interrogation.
Avec du recul, l'on regrette que Sorrentino ne dépasse pas totalement le geste esthétique pour engager une réflexion plus frontale, plus critique, sur la nature et les dérives du pouvoir politique.
La Grazia est un grand film, indéniablement, mais dont l’élégance formelle finit par trop contenir ce qu’il aurait pu véritablement venir secouer.
Ma page ciné instagram : fenetre_sur_salle