À chaque nouveauté, j'attends un peu Sorrentino comme le messie, et Toni Servillo comme son prophète, depuis que j'ai vu La Grande Bellezza ou Il Divo, deux films qui m'ont profondément marqué, de même — sans l'acteur fétiche cependant, mais Jude Law — que The Young Pope.
Désolé pour le title dropping, mais au regard des émotions qu'ont suscitées chez moi ces œuvres dérangeantes et assez frénétiques, j'ai été extrêmement déçu par La Grazia, film étriqué, sans grands enjeux, poussif. La grâce est au cœur du récit : celle de deux condamnés, que le Président de la République a le pouvoir de gracier ; celle qu'offrirait aux personnes gravement malades, à bout de toute solution thérapeutique, une loi sur l'euthanasie, s'il daignait la promulguer ; celle, enfin, qui est censée toucher ledit Président — un Toni Servillo inexpressif, quel paradoxe —, en fin de mandat, et qui n'apparaît qu'hésitant et procrastinateur.
J'ai attendu assez longtemps que l'impression d'empêtrement qui se dégageait des premières scènes finisse par céder, et que le récit commence ; or le récit, jusqu'au bout, n'est que celui du quotidien, singulièrement vide du reste, du Président désabusé. Il est veuf, il s'inquiètera durant tout le film de savoir enfin avec qui sa merveilleuse femme l'a trompé, jadis.
Enfin globalement il semble à bout, désaffecté ; Sorrentino veut peut-être nous faire sentir la faiblesse d'un puissant, je n'en sais rien, j'avoue que je n'ai pas compris au nom de quoi il se contente d'un film sur le rien.
À moins que son sujet ne soit les deuils qu'on est forcé de faire, en l'occurrence pour lui avec la perte de sa femme, la fin de sept ans de présidence, etc. Mais dans ce cas, pourquoi le film ne parvient-il à faire passer aucune émotion ?
La relation entre le Président et sa fille, qui travaille pour lui, est membre de son cabinet, est le seul ressort dramatique vaguement actionné. Je n'irai pas jusqu'à dire que je me suis tout uniment ennuyé, mais à part quelques scènes "sorrentiniennes" — comme la traversée d'un tapis rouge sous la pluie, morceau de bravoure de plusieurs minutes, même sur le plan visuel, c'est assez ordinaire.
Manque d'inspiration, ou alors le réalisateur comme son acteur préféré ont atteint la limite d'âge et n'ont plus grand-chose à dire.