Du passé faisons table rase. Dans les années 20 une poignée de jeunes réalisateurs russes décident de renverser les codes de l'ancien cinéma. Eisenstein réalise donc un premier long métrage qui rejette l'intrigue linéaire, qui refuse les personnages principaux pour privilégier les foules en mouvement, et qui renonce à employer des acteurs connus. Eisenstein cherchera donc longuement dans les rues ou dans les asiles des personnages avec des «gueules» patibulaires que l'on retrouvera pour incarner les indics, les patrons ou les militaires. Les indics seront en outre affublés de surnoms d'animaux pour mieux souligner leur manque d'humanité. Lâcheté, brutalité, sadisme se manifestent à l'écran en face des grévistes. La technique principale employée pour impressionner et éduquer les masses sera le montage qui alterne les plans sur les visages, ceux des ennemis de classe en général, avec les plans sur la foule des grévistes. Le montage parallèle associe de manière symbolique le massacre des ouvriers par l'armée tsariste et une scène d'égorgement d'un animal à l'abattoir. Certes les effets sont très appuyés mais ils correspondent à la volonté d'Eisenstein de faire du «cinéma-poing» en réponse au «cinéma-œil» des documentaires de Dziga Vertov.
La synthèse entre tous les arts ( photographie, peinture, voire opéra) souhaitée par Eisenstein procure à La Grève un esthétisme formaliste qui se rajoute à la puissance et au dynamisme du montage pour en faire un film ayant encore de l'impact de nos jours.