Synopsis : Dans la Russie tsariste de 1912, La révolte gronde au sein d'une des plus grandes usines du pays. Poussés à bout par des conditions de travail exécrables, les ouvriers ne tardent pas à faire valoir leurs droits en brandissant la menace de la grève. Le suicide d'un ouvrier accusé de vol par la direction déclenche la colère des travailleurs qui s'empressent de descendre dans la rue. Désireuse de mettre au plus vite un terme à ces agissements, sans pour autant céder aux revendications, la direction de l'usine choisit l'affrontement et s'en remet aux troupes gouvernementales qui investissent le quartier des ouvriers. C'est dans un massacre sanglant que le conflit prendra fin.
Il a fallut attendre 1925 pour que l'État soviétique s'illustre dans le domaine de la cinématographie par le biais d'un des plus grands réalisateurs russes : Sergueï Eisenstein. Son génie et sa vision l'ont amené à devenir l'un des fers de lance du cinéma de propagande et à parfaire sa maîtrise de l'outil cinématographique par un cadrage exemplaire, une lumière juste et un montage abouti.
S'inspirant de la grosse révolte d'Octobre 1917 (qui sera l'un de ses prochains films, l'année suivante), Eisenstein présente au gouvernement nouveau un projet de cinq films visant à promouvoir le léninisme et le communisme. Bien que ce projet tombera à l'eau, en résulte tout de même le premier épisode : la Grève. Dans ce film, Eisenstein met en avant son héros favori : la foule. Par de personnification dans ses oeuvres, la masse prendra l'ascendant et montrera différents types d'individus (hommes, femmes, vieux, jeunes). Par ailleurs, pas de maquillages exubérants pour définir ses sujets, il souhaite montrer le vrai visage des gens.
Son combat est on ne peut plus clair : un travail de propagande est bien présent ; et la grève symbolise le combat des luttes de classes. Et pour s'attacher à cette vision, Eisenstein va s'appuyer sur un montage solide et efficace. Il va mettre en évidence par des associations et des symboliques des séquences (les travailleurs de l'usine avec une boucherie, par exemple) pour éveiller la conscience collective et tenter d'apprivoiser le public. De plus, le spectacle est au rendez-vous car le montage se veut dynamique avec des effets en tout genre, toujours justifié (fondus enchaînés principalement). On sent une envie d'agir et il définira son cinéma comme un cinéma-poing qui va à l'encontre du cinéma proposé par son camarade Dziga Vertov.
Bref, la Grève est encore les débuts de la carrière du jeune Eisenstein (c'était son premier long-métrage) et il lui servira de tremplin pour ses films suivants qui connaitront un succès international, qui lui vaudra même quelques censures dans plusieurs pays (dont la France).
L'URSS a trouvé en la personne d'Eisenstein un talent fou, génial et visionnaire pour mettre au point sa propagande et permettre l'adhésion à de milliers de personnes. Eisenstein lui-même était engagé dans l'Armée Rouge.
Outil technique et porteur d'un message, le film La Grève jouera un rôle capital dans le cinéma russe et permettra d'ouvrir les portes d'un nouveau montage, qui jouait beaucoup moins sur la puissance des symboles. Eisenstein théorisera le cinéma le restant de sa vie, avec cette formule on ne peut plus vrai : 1+1 = 3, c-à-d qu'un plan additionné à un autre forme 3 plans distincts. Le troisième étant le résultat de l'ellipse entre le 1 et le 2.