La vague d'enthousiasme - critique et populaire - qui a soulevé la France à la sortie de "la Guerre est Déclarée" a cela de remarquable que, quand on voit enfin, après coup, le film, on se demande bien ce qui a pu générer de tels compliments, à part le fait de positiver tout ce que le film, dieu merci, n'est pas : pas un mélo tire-larme hollywoodien comme on en a tant vus, pas un chantage éhonté à l'émotion, pas un moment pénible d'auto-complaisance, le corollaire habituel de cette auto-fiction à la mode... C'est bien, c'est même remarquable de la part de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaim d'avoir échappé à ces pièges dans lesquels de bien meilleurs qu'eux tombent systématiquement ! Mais où est le cinéma, là-dedans, où est l'audace créative, où est, tout simplement, le "geste artistique" ? Des acteurs insupportablement mauvais, des astuces de montage et de narration d'une superficialité "pop" désarmantes, une fausseté régulière des situations qui désamorce complètement la crédibilité de ce si beau message ("la vie avant la mort", bravo !), la pauvreté alarmante de l'imaginaire déployé avec cette fausse légèreté qui a apparemment bien abusé les critiques les plus cyniques, comme si c'était une question de vie ou de mort, justement, pour les critiques de trouver un cinéma "d'auteur" qui contrebalance les bêtises du cinéma commercial français : certains citent Demy parce qu'on chante, une fois, du Benjamin Biolay, mais dieu, que l'intelligence et la force de Demy sont loin ! "La Guerre est Déclarée" est un tout petit film, plutôt mal fagoté, qu'on aimerait trouver sympathique s'il n'avait pas été aussi lourdement porté aux nues. Ça s'appelle une baudruche. [Critique écrite en 2012]