Il me tardait de découvrir Jane Campion et sa Leçon de Piano, sa soi-disant meilleure réussite, l'ayant propulsée au rang de première femme à obtenir la Palme d'Or.
J'en suis ressortie en me demandant si j'allais préférer tous ses autres films sans jamais comprendre pourquoi celui-ci est autant encensé.


Par où commencer ? Par le seul passage que j'ai apprécié, la première scène.

Cette scène m'a réellement émue, de par la poésie et la simplicité d'un moment pourtant si loufoque entre une mère et sa fille, fraichement abordées sur une plage d'un pays inconnu à la nuit tombée, au milieu de leurs meubles et de leur vulnérabilité échoués.


Pour le reste, je n'ai plus de fleurs à lancer, si ce n'est que la similitude des chapeaux de la mère et de sa fille avec ceux d'Amélie et Amélia Jacasse des Aristochats m'a fait sourire.


Ada (Holly Hunter), le personnage de la mère, insupportable dès les premiers instants, grognasse bien que muette, incapable de faire preuve d'un tant soit peu d'amabilité ou de reconnaissance tout du long. Sans que quoique ce soit dans le traitement de son personnage ne justifie ou n'excuse un tel comportement. Cent vingt minutes avec un personnage central bas-de-plafond et dont la complexité absente n'attise aucune empathie, c'est long.

Parlons maintenant du point d'ancrage du film : la reconquista par Ada de son piano abandonné sciemment sur la plage par son nouveau chic de mari. Ce dernier, Alistair (Sam Neill), demande aux Maoris de transporter tous les meubles de sa femme sauf le piano. A quel moment ce choix est-il réellement et profondément justifié ? Oui on a compris que la grognasse était muette et que les cordes du piano étaient la transposition de ses cordes vocales ; oui on a compris que le piano représentait toute sa vie, ce pourquoi elle l'a fait venir d'un continent à l'autre ; oui, on a compris que c'était un élément éponyme. En revanche, non, on a pas compris pourquoi un type qui avait hâte de surfer sur une idylle avec sa nouvelle femme refusait de faire transporter ce à quoi elle tient le plus ; non, on a pas compris à quel moment ce type s'était dit qu'il allait gagner ses faveurs en agissant de la sorte, sachant que c'est son but durant tout le film.

Il aurait été tout à fait pertinent pour Jane de développer l'idée du mari jaloux du piano de sa nouvelle femme car elle sacraliserait davantage sa relation aux touches et à la musique. Et là on aurait une justification pertinente de l'abandon du piano, condamné à croupir sur une plage de sable.


Pour faire court, il n'y a aucune profondeur dans le scénario ou les interactions entre les personnages; on passe de tout à rien, tout le temps. La sensibilité est survolée à chaque instant alors même que l'histoire a un véritable potentiel; on devine le cheminement du film d'emblée, mais comme Jane ne veut nous emmener nulle part, ce n'est que déception continuelle. Conséquence de quoi, aucune émotion ne m'a traversée durant près de deux heures, si ce n'est un agacement grandissant envers les personnages et leur absence de traitement.

Le scénario veut maintenant que Baines (Harvey Keitel, pas convaincant pour un sou), l'illettré qui a un peu trop traîné avec les Natives, négocie de récupérer le piano avec le mari pour en faire l'objet d'un chantage sexuel avec Ada. Et j'ai une fois de plus été très agacée, car j'ai une fois de plus vu le potentiel du film s'évaporer. Certaines personnes critiquent le fait que le film aboutisse sur l'attirance réciproque d'Ada envers Baines alors même que c'est un pervers Bac+12; argument hors de propos lorsque l'on juge une oeuvre. Ce qui m'a personnellement dérangée, c'est qu'à aucun moment on ne ressent le cheminement de la réciprocité de cette attirance. On passe très vite de la grognasse dégoûtée et outrée, à la grognasse raide dingue sans savoir pourquoi ni comment. En parallèle, on passe d'un pervers Bac+12 à l'illettré sensible, la main sur le coeur, qui lui fait une déclaration en larmes avant de lui claquer littéralement la porte au nez, sans que l'on sache trop pourquoi.

Et puis la môme... Car la mère est muette, fallait-il autant compenser avec sa fille ? Elle jacasse tellement, dans tous les sens, pour rien et de façon si irritante... La proximité du spectateur avec la gamine est encore plus négative qu'avec sa mère.

Elle ne supporte d'abord pas son beau-père, mais se met soudainement et sans raison à l'appeler papa et à dénoncer sa mère auprès de lui (sa mère la missionne de remettre un cadeau à son pervers préféré, mais la fille décide finalement d'aller le remettre à son beau-père - on a toujours pas compris, vingt-neuf-ans après, comment elle en est venue à trahir sa mère pour lui). Manque de peau, maman va se faire hacher menu l'index droit par son chic de mari. Ah bah c'est bien, Nils, super... Une fois de plus, émotion totalement absente durant cette scène, tant la platitude et le manque de développement de tous les personnages rend le film nanardesque.


On a le mari concon qui a mis du temps à comprendre que sa femme le faisait cocu, qui se dit que lui charcuter le doigt et tenter de la violer pendant qu'elle se rétablit feront enfin chavirer son coeur.

Une grognasse dont le mutisme n'apporte strictement rien au film, dont les manières et l'attitude constantes et insupportables n'attisent aucune forme d'empathie tout du long.

Une môme hystérique qui envoie sciemment sa mère sur l'échafaud et qui l'avait pas vu venir hein, cette sale petite garce.

Et enfin un illettré qui veut, comme Bernard, juste faire l'amour, mais qui tant qu'à faire tombe amoureux, quitte l'île avec sa dulcinée qui elle, réapprendra à parler, happy ending, tout ça tout ça.

Grande déception donc, car à part la scène évoquée en début de critique, le reste est d'une fadeur sans nom. La photographie, quant à elle pas vraiment exceptionnelle, ne vient certainement pas sauver la mise.

Ce film, c'est du sensible pré-fabriqué ; on vous met une cinéaste et non un cinéaste, de jolies petites notes de piano, une muette, un illettré, on fait passer le tout au Moulinex pour que la magie de la bien-pensance et de l'inclusivité opère et abracadabra, il en ressort avec la Palme et tout le tralala.
Dire que l'on m'avait dit tant de bien de ce film, dire que tant de femmes s'extasient devant le travail de Campion, comblées de visionner des oeuvres issues d'un traitement féminin, chose encore trop rare et précieuse pour être négligée. Mais au fait, à quel moment le genre des cinéastes doit rentrer en compte dans l'appréciation de leurs oeuvres ?

laragazzapizza
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le 16 mai 2022

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La Pizza

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