Danish Girl n'est rien d'autre qu'un film de plus dans la catégorie "oui oui à nous les oscars". Il y a des acteurs en vogue, des décors et des costumes pimpants, et pour finir un bon sujet d'actualité pour faire pencher les votes du jury.


A la manière de Mémoires d'une Geisha de Rob Marshall, Danish Girl est un fourres-y-tout hollywoodien ; on met le paquet sur une esthétique aseptisée et on en oublie de traiter en profondeur le sujet central ainsi que les personnages. Mais bon après tout, ce qui importe c'est d'avoir fait un film sur un sujet à la mode, sur une communauté de l'ombre à qui on donne la voix. Car oui, le cinéma c'est beaucoup de vitrine, de nos jours. On mélange tous les sujets sociétaux du moment, on tire au sort et on fait un film qui survole le sujet en question, avec un casting sexy (mais alors juste sexy), et de la pseudo-morale premier prix. La clé de la réussite, en somme.


Sérieusement, des récompenses pour le jeu ?


Pour commencer, la monotonie du jeu des deux acteurs principaux est totalement corrélée à l'absence de traitement du sujet. Très crédibles lorsque l'on traverse une crise transidentitaire d'une part, une crise relationnelle d'autre part. A aucun moment je n'ai ressenti de l'empathie pour le personnage interprété par Eddie Redmayne. Pourquoi ? Parce qu'à aucun moment on ne perçoit le cheminement douloureux et psychologique de sa prise de conscience (puis aussi parce que cet acteur est insupportable, qu'on se le dise). On ne le sent jamais vraiment tiraillé entre ses deux identités, en proie à un mal-être vis-à-vis de ce qu'il fait endurer à celle qui aime celui qu'il rejette. On le voit juste passer des costards aux robes, d'Einar à Lili, du pénis au vagin.

De son côté, Alicia Vikander remporte haut et fort la palme d'or de la Mère Teresa toutes catégories confondues. Durant tout le film, son personnage demeure aimant, compréhensif, loyal vis-à-vis de son mari qui ne la désire plus, rejetant son ancienne identité. Tout est si rose et niais, comme si c'était une attraction Disneyland que de gérer une situation où son mari se découvre transgenre.

Les personnages secondaires sont eux, si insignifiants qu'il n'y a pas lieu de s'y attarder ; personne pour tenir la baraque malheureusement.


Les clichés et les costumes au profit de la transidentité

Pour parler un peu plus de la façon dont le sujet de la transidentité est (peu et mal) traité, évoquons la scène où Einar/Lili se rend chez un médecin pour tenter de trouver des réponses à ses questionnements. Le seul but de cette scène est de souligner que la transidentité était vue comme une pathologie mentale dans le Danemark de l'époque. Ca nous fait une belle guibole.

N'oublions pas non plus cette scène dans Paris où Einar/Lili se fait agresser par deux beaufs en casquettes qui le traitent de "sale pédé". L'objectif étant uniquement de mettre en lumière que la transphobie c'est mal. Sans rien apporter au personnage ou au déroulement du film. Uniquement par pur devoir de stéréotype et de revendication du dimanche.

Autrement dit, ce sont des apprentissages sans égal que nous livre Hollywood pour se frayer un chemin vers les statuettes en or.

Ensuite, les gens qui s'extasient sur les costumes et les décors comme si ça justifiait d'un quelconque rattrapage, il faut arrêter, vite et fort. On s'en fiche royalement, on veut parler de transidentité en fait. Mais si vous êtes là pour voir des costumes et des décors, regardez donc Phantom Thread, vous passerez un bien meilleur moment en prime.


De la musique triste pour combler l'absence cruelle d'émotions


On le sait bien, à Hollywood on adore tartiner de la musique triste à toutes les sauces pour remplir les dramas creux. Danish Girl n'échappe pas à cette fatalité, tant son histoire est insipide. Et là on obtient enfin le Saint-Graal, le label misérabiliste qui va encenser notre film après avoir arraché les larmes d'un public Eco+.

laragazzapizza
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le 16 mai 2022

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La Pizza

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