Oui ok, un docu sur la locomotive, mouaih pourquoi pas ??? Mais parler que de l'Allemagne et de l'Angleterre, un choix narratif, bien abstrait... On porrait dire : Le documentaire où le train traverse toute l'Europe… mais semble oublier quelques gares en route.
J'ai eu une drôle d'impression : le train roule à toute vitesse, mais dès qu'il approche de la France ou de la Belgique, il ralentit tellement qu'il finit presque par passer sans s'arrêter.
Avec ce film doc allemand, ARTE propose une fresque ambitieuse consacrée à la naissance du rail et à la révolution qu'il a provoquée dans l'industrie, les transports et les sociétés européennes. Le documentaire retrace les grandes innovations techniques, l'essor des locomotives et l'impact économique du chemin de fer, le tout à travers une réalisation très soignée et de nombreuses reconstitutions historiques. Mais là, je ne comprend plus, la chaine ARTE, elle était censée s'intéresser à l'amitie franco-allemande avant tout. La France est largement négligée.
Par contre ce qui m'a immédiatement séduit, c'est la qualité visuelle. Les locomotives restaurées, les paysages traversés par les trains historiques et les images d'archives donnent énormément de charme au documentaire. On sent un vrai travail de recherche, et la mise en scène réussit à rendre fascinantes des machines qui ont parfois plus de cent cinquante ans. À plusieurs moments, je me suis surpris à admirer ces monstres d'acier comme si une chaudière pouvait avoir plus de charisme que certains acteurs de cinéma.
En revanche, plus le documentaire avançait, plus j'ai eu le sentiment qu'il regardait surtout l'histoire du rail à travers un prisme très germanique. Entendre essentiellement des intervenants allemands m'a laissé une vraie frustration, surtout pour une chaîne comme ARTE qui revendique justement une identité franco-allemande. Je me répète encore mais j'aurais aimé retrouver davantage de regards français pour équilibrer le récit.
J'ai aussi trouvé dommage que plusieurs jalons importants de l'histoire ferroviaire soient à peine évoqués, voire totalement absents. La Belgique, par exemple, occupe pourtant une place essentielle avec la ligne Bruxelles-Malines, première ligne de chemin de fer construite sur le continent européen, ainsi que la locomotive Le Belge, fabriquée dans les ateliers John Cockerill à Seraing, véritable étape marquante de l'industrie ferroviaire continentale. Ces absences donnent parfois l'impression que certains wagons de l'histoire ont été décrochés avant d'arriver au montage.
Côté français, j'aurais également aimé voir le documentaire s'intéresser davantage au patrimoine ferroviaire national. L'absence du gigantesque centre de tri de Nevers, Varennes-Vauzelles, qui a pourtant marqué l'histoire de la SNCF et du fret ferroviaire, m'a semblé être une occasion manquée. Quand on parle des grandes infrastructures du rail européen, ce genre de site aurait parfaitement trouvé sa place.
Malgré ces réserves, le documentaire reste instructif. Il montre très bien comment le chemin de fer a bouleversé les échanges, l'industrialisation et la manière dont les sociétés se sont développées. Simplement, j'aurais préféré une vision plus équilibrée de cette histoire européenne, où la France et la Belgique auraient eu une place plus conforme à leur contribution réelle.
Je ressors avec le sentiment d'avoir vu un beau documentaire, porté par une réalisation de qualité et un vrai travail historique, mais dont le regard trop germano-centré m'a empêché d'y adhérer pleinement. Pour un sujet aussi européen que le chemin de fer, j'attendais un voyage où davantage de pays auraient eu droit à leur arrêt.