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Une des grandes forces de Hitchcock est vraiment d’avoir des pitchs accrocheurs d’emblée, des proto high concepts qui feront la coqueluche des années 80-90, mais qui tiennent ici leurs promesses jusqu’au bout.
Il faut reconnaître que pour une fois, le titre français est superbe. La Loi du Silence, lorsque tout le fil narratif tient sur l’impossibilité du discours, c’est une sacrée trouvaille : de l’amour que l’on doit taire, du soulagement de la mort du corbeau que l’on ne peut exprimer de vive voix, de la confession chrétienne que l’on ne peut trahir sans se parjurer, de l’alibi salvateur que l’on ne peut prodiguer sous peine de se compromettre par ailleurs… Tout n’est qu’entraves du non-dit.
Et c’est d’ailleurs le cœur même du film, avec cette longue séquence de flashback qui vient mettre en lumière toutes les zones d’ombre du récit dans un souvenir purement fantasmé par le point de vue d’Anne Baxter, amoureuse transie qui ne peut pas voir la détresse de son amant meurtri par la guerre. Ce long souvenir qui se présente comme un film muet dont l’image dissone avec la voix off parfaitement consciente de sa propre accesoirité. C’est finalement le mutisme qui en dit plus que la parole.
Si la réalisation est ici plus sage que dans les œuvres majeures du cinéaste, elle n’en reste pas moins empreinte de petites facéties tel cette introduction où tous les panneaux pointent vers la scène du crime, tout en nous permettant de nous imprégner des décors de Québec si particuliers, parsemés d’une architecture quasi médiévale et de sonorités francophones.
I Confess tient ses promesses de thriller malin, resserré, et me permet par la même occasion de découvrir un Montgomery Clift charismatique à souhait. Un Hitch mineur reste un excellent film.