Notes sur le film : Cueillant rapidement le spectateur avec une scène d’un érotisme puissant, Wong Kar-wai propose un récit via un flash-back, construit autour d’une histoire d’amour impossible entre une prostituée pauvre mais avec des rêves de grandeur et un jeune tailleur amoureux transi mais inexpérimenté. L’importance de la main – « The Hand », le titre anglais du film – est double ici : c’est de manière évidente l’outil de travail principal du jeune tailleur… mais c’est également un vecteur de plaisir, par le biais de l’action manuelle de la prostituée sur le personnage masculin, ou par celui de l’exploration fétichiste des habits confectionnés pour l’être aimé par le tailleur. La main travaille et donne du plaisir, parfois en même temps, au sein de ce film visuellement soigné, dont le style caractéristique et les motifs visuels rappellent fortement In the mood for love, sorti quatre ans plus tôt. Le final, qui clôt les trajectoires émouvantes par leur différence des deux personnages, achève avec incandescence ce petit bijou romantique – et dont le caractère authentiquement romantique pourrait ne pas paraître évident à cause de sa sexualité exacerbée. Or, ici, et comme rarement au cinéma, amour et sexualité font un parfait ménage.