Version longue (56 minutes) d'un court-métrage de Wong Kar-Wai initialement présent dans le triptyque Eros, explorant le concept du désir (aux côtés de Michelangelo Antonioni et Steven Soderbergh).
Les premières minutes de The Hand sont particulièrement déstabilisantes : des caractérisations de personnages assez brutales, et des émotions exposées frontalement. Du jamais vu dans la filmographie du cinéaste chinois, plutôt réputé comme un maître du hors-champ et de la suggestion érotique. Heureusement, mon scepticisme s'est bien vite dissipé, à travers une histoire qui m'a complètement emporté.
En plus d'être en effet une splendide dissection du désir, le moyen-métrage tient à merveille sa promesse éponyme, articulant tout son récit autour des mains. D'un côté, celles de Zhang, un tailleur timide qui les utilise à longueur de journée pour mener à bien ses travaux. De l'autre, celles de Mademoiselle Hua, son impérieuse cliente qui exerce sur lui un profond contrôle sexuel et psychologique. Le filmage des mains sera présent dans pratiquement chaque séquence du film, toujours avec une signification différente, qui évoluera en parallèle de la relation entre les deux protagonistes.
Le réalisateur atteint des sommets de maîtrise dans sa mise en scène et sa composition des cadres, en dépit d'une esthétique globale finalement très sobre. Le marron domine largement l'image, et les éclairages sont bien souvent dépouillés, épurés. Ici, ce sont bien les idées qui constituent le charme de l'œuvre, à travers une tension sexuelle dingue et un érotisme électrique. Le tout enrobé d'un travail de sound design sur le toucher des textiles particulièrement notable. Les séquences splendides défilent ainsi jusqu'à un final mémorable, dont seule la cruauté égale la beauté.
Une histoire d'amour impossible, croulant sous la mélancolie et le désir... bref, tout ce que j'adore chez Wong Kar-Wai.
8,5/10
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