Polar flamboyant avec un double jeu américain et une romance japonaise entre deux cultures

Excellente narration pour un polar flamboyant et exotique : un gang américain tient le haut du pavé à Tokyo. Son chef, joué par Robert Ryan, s’éprend (amitié ou amour ?) d’un policier infiltré, joué par Robert Stack, lequel vit une romance avec une japonaise, jouée par Shirley Yamagushi, rejetée pour cela par ses voisins.

Les intérieurs japonais semblent avoir été faits pour le CinémaScope, ce qui est un des charmes des films de la région, et les couleurs sont somptueuses.

Y a-t-il eu jamais la possibilité qu'un gang soit "tout américain" au japon, sans aucune mixité avec des gangs japonais (comme par exemple dans le Yakuza de Sydney Pollack où la pègre des deux pays passe des alliances) ?

Peut-être qu'à cette époque - là, proche de l'écrasante victoire américaine sur le Japon en 1945, l'occupation américaine, peu contestée, permettait encore tous les excès.

Il est frappant que les films américains de l'époque soient capables de montrer les dérives liées à l'occupation sous forme de fictions inspirées du réel (ici au Japon, mais aussi à Berlin dans plusieurs polars célèbres). Ce vérisme autocritique était certes contrebalancé dans ces films par les enquêtes et la défaite des bandits : les happy ends édulcoraient la répétition et l'extension des abus. Nous savions que ce n'était pas toujours le cas en vrai, mais il nous importe, ce fort mérite caractéristique de la démocratie : cette capacité d'affronter la vérité des faits sociaux, y compris à son détriment idéologique.

Ce n'est cependant pas le sujet du film : justement, c'est aussi sa qualité de nous faire entrevoir le contexte de l'intrigue - les rapports complexes des USA et du Japon - sans en faire un substitut au "polar" et à "la romance" que nous sommes venus voir : coups de main, hold-ups et double jeu dans un milieu dominé par la fausseté des rapports liés à l'appât du gain et du pouvoir, contrastant avec la sincérité des rapports amoureux dans deux cultures aux antipodes et en partie antagonistes, avec des glissements du possible à l'impossible, des revirements et des rapprochements...

Et le final avec une poursuite colorée, notamment sur des toits, avec la tension du risque encouru par des enfants, est magnifique.

(Notule de 2018 publiée en mai 2025).


Michael-Faure
8
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le 24 mai 2025

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