Ceci n'est pas un documentaire explicatif
Mettre un visage sur notre animateur favori est possible grâce aux émissions diffusées sur internet. En revanche, tout ce qui ce passe en dehors du plateau reste encore un mystère. C'est donc avec un œil attentif que l'on suit Nicolas Philibert dans les coulisses de Radio France. Une plongée au coeur de la ruche, à la découverte de ce qui échappe habituellement au regard : les mystères d'un media dont la matière même, le son, demeure invisible.
C'est par un bourdonnement incessant, sorte de chaos polyphonique que nous pénétrons dans les studios de Radio France. Si le premier attrait du film est la mise en image du son, Nicolas Philibert nous fait rapidement comprendre que ce dernier domine encore ici. Le temps de trouver la bonne station, le rythme s'installe de lui-même. Six mois de tournage pour suivre le quotidien des animateurs et techniciens. Six mois condensés en 24h virtuelles, car non la radio ne fait pas de pause. Le film consiste une collecte minutieuse d'instants précieux et révélateurs du quotidien de ses gens de la radio. On visite les différents services un peu aléatoirement comme le ferait un stagiaire perdu.
Le documentaire est sans narration et parfois confus, à la manière d'une grande partition de musique dont on ne verrait que les détails. Et dans la multitude de notes, certaines seront récurrentes. Des personnalités constituent le liant du film. Liant car il n'y a pas vraiment de fil conducteur et l'on peut décrocher passé la première heure. Mais des moments de rire, dus aux prises ratées ou au improvisations, au saugrenu de certaines questions/réponses et des aléas du direct, viennent illuminer l'ensemble . On en vient parfois à attendre la faute, l'erreur de prononciation plus que le reste.
Le son (la musique tout autant que la voix) est la matrice du film. On aborde des débats sans jamais les clore, on n'ouvre des discussions en les laissant en suspens. Mais Nicolas Philibert s'attache aussi à filmer le silence, les poses entre les prises, le vide des couloirs. Ce serait une erreur d'appréhender ce film comme une visite guidée (par voix-off) à travers tout les services de la maison, organigramme en main. Le principal enjeu n'est pas tant de lever le voile sur ce qui se cache dernière ses murs, mais plutôt de « faire de cette absence l'un des sujets ». Finalement nous ne sommes pas plus avancés sur cette maison de la radio. Quel est son fonctionnement ? Quel est le rôle de chacun ? Comment s'organise la collecte et la retransmission de l'information ? Les imposants bâtiments avenue du président Kennedy gardent ses arcanes. Les enjeux n'étaient pas clairement exprimés dès le départ, car le titre peut-être à la fois trompeur et réducteur. Mais Nicolas Philibert continu de crier son amour pour le son comme il l'avait fait en 1992 avec Le Pays des sourds.