The House of 1000 Corpses de Rob Zombie transpose l’univers plastique et visuel du groupe de black metal White Zombie dans un slasher movie où les adolescents sont de furieux imbéciles et la famille de tueurs, une communauté loufoque où l’horreur occupe le rôle du divertissement. Dans ce regard singulier porté sur un genre très limité : le film d’horreur adolescents (dont Scream de Craven demeure encore le parangon), The House of 1000 Corpses réussit à joindre humour et dégoût.
L’union n’est pas inédite, Dario Argento dans ses œuvres du giallo avait déjà rassemblé émotion et horreur. Zombie, avec moins de considération pour l’esthétique et le Beau, déverse la vulgarité que contient ouvertement sa musique dans les images et dans la composition des décors. La scène en sous-sol, où un tunnel de toile d’araignées mène au cabinet d’un docteur monstrueux révèle pleinement le goût de Zombie pour l’hideux. Ce goût ne s’exprime pas frontalement, il passe toujours par un choix qui propose l’érotisme des corps, des situations potaches et le dégoût du monde et de son absurde débilité.
Les deux choix sont relativement simples mais leur relation indéfectible fonde la complexité intelligente du cinéma de Zombie. De l’horreur dans le joli et du joli dans l’horreur, l’humour noir de Zombie réside dans cette accointance. Les bouffonneries grotesques qui parsèment le récit et qui dépeignent des personnages grossiers et, de ce fait, entièrement monstrueux forment un film bancal, boitant et titubant de son incertitude. Première réalisation de Zombie, The House of 1000 Corpses forme avec The Devil’s Reject un diptyque dans lequel la même famille maltraite, comme les héros amoraux d’Haneke, un groupe de personnes, conduit par une volonté perverse de faire de l’autre un jouet dépourvu de conscience et de sensation. La trouble interrogation que cela implique : la mise en présence du sadisme et de la joliesse n’éveille-t-elle pas un attrait du morbide ?