Pour son premier long métrage, Mélisa Godet pousse la porte de la Maison des femmes de Saint‑Denis, née de l’élan de la gynécologue Ghada Hatem‑Gantzer. Elle y filme un lieu où l’on arrive à mal, et où l’on tente malgré tout de reprendre forme. Le film reste là où la douleur s’attarde. Il regarde les corps qui tremblent encore, les voix qui cherchent leur souffle, les mots qui peinent à sortir. Et au milieu de ces fragilités, la caméra capte des gestes de soin qui recousent ce que la violence a tenté de défaire, jusqu’à faire de chaque main tendue une manière de dire : tu n’es pas seule, on va tenir ensemble.

De fil en aiguille, ce dispositif transforme la Maison des femmes en véritable cartographie du soin. Chaque pièce devient une étape d’un parcours qui ne se dit jamais explicitement : l’accueil, la consultation médicale, l’écoute psychologique, la reconstruction chirurgicale. En d'autres mots, la dramaturgie repose sur l’accumulation de situations concrètes qui finissent par dessiner une tension continue.

Cette manière de circuler dans le lieu conduit naturellement à une structure chorale. Le récit ne s’organise pas autour d’une héroïne unique mais autour d’une constellation de figures : la chirurgienne, la sage‑femme, l’interne, les psychologues, les patientes. Le film refuse l’idée du sauveur isolé. Ici, le soin est collectif, parfois chaotique, toujours dépendant des autres. Il montre le fonctionnement interne d’une solidarité. La violence (viols, mutilations, pressions, agressions) reste hors champ, mais ses traces affleurent partout. Puis survient le confinement. Avec lui, l’isolement des victimes de violences conjugales s’intensifie, et leur travail devient d’autant plus crucial et difficile, puisque ce qui se joue dans ce bâtiment dépasse largement ses murs.

Et c’est peut‑être là que le film trouve sa force, il ne cherche jamais à transformer la Maison des femmes en symbole héroïque ; il montre au contraire un lieu fragile, dépendant de moyens limités et d’une énergie humaine considérable. Et c’est précisément dans cette modestie que le film rappelle que l’héroïsme ressemble souvent à quelque chose de très simple comme continuer à être là. Ce n’est pas un spectacle très cinématographique. Mais c’est une vérité profondément humaine et cela suffit largement au cinéma.

cadreum
8
Écrit par

Créée

le 8 mars 2026

Critique lue 169 fois

cadreum

Écrit par

Critique lue 169 fois

6

D'autres avis sur La Maison des femmes

La Maison des femmes

La Maison des femmes

8

DéborahKubwimana

le 17 janv. 2026

Suivre

Critique de La Maison des femmes par Déborah Kbw

La maison des femmes est basé sur des faits réels : le travail de La maison des femmes de saint Denis, maison mère imaginée par la gynécologue Ghada Hatem-Gantzer, et sur toutes les autres qui...

La Maison des femmes

La Maison des femmes

10

lalacinema

le 17 déc. 2025

Suivre

Critique de La Maison des femmes par lalacinema

Un film d’utilité publique ! Tellement important !Il faut mettre en lumière et mettre en avant les personnes (principalement des femmes) qui travaillent pour reconstruire celles qui sont victimes des...

La Maison des femmes

La Maison des femmes

8

cadreum

le 8 mars 2026

Suivre

Continuer à être là

Pour son premier long métrage, Mélisa Godet pousse la porte de la Maison des femmes de Saint‑Denis, née de l’élan de la gynécologue Ghada Hatem‑Gantzer. Elle y filme un lieu où l’on arrive à mal, et...

Du même critique

Bugonia

Bugonia

8

cadreum

le 28 sept. 2025

Suivre
Dernière modification

le 2 déc. 2025

Eddington

Qui est le film ? Bugonia est la transposition par Lanthimos d’un matériau coréen. Le film reprend librement la structure de Save the Green Planet! (2003) et s’en fait une réécriture en anglais. Le...

Wicked

Wicked

7

cadreum

le 1 déc. 2024

Suivre

Réinvention imparfaitement sublime de Oz

Dans l’écrin chromatique du pays d’Oz, Wicked déploie un tableau où le familier et la ré-inventivité se répondent. Les palais scintillent d’émeraude, les prairies s'étendent, et les costumes...

Jouer avec le feu

Jouer avec le feu

3

cadreum

le 31 janv. 2025

Suivre

Dangereuse représentation de la radicalité

Dans "Jouer avec le feu" , Pierre, cheminot veuf, n’a que ses mains pour travailler, que ses principes pour tenir debout. Il a élevé ses fils dans l’idée d’un monde juste, où la lutte ouvrière et la...