6
le 29 juil. 2011
SuivreLe futur hanté rieur
Après le pré-adolescent zombie, je me nettoie les rétines avec un film d'épouvante à l'ancienne. Première différence, et non des moindres : la mise en scène. D'abord, elle existe, ensuite, c'est elle...
Lorsqu’on consulte sa filmographie, on ne peut qu’être étonné de l’éclectisme de Robert Wise : de la science-fiction à la comédie musicale, en passant par le film noir et le biopic, le film de guerre ou d’horreur, il n’est aucun genre qu’il n’ait abordé. C’est là l’une qualités du réalisateur à l’américaine : être capable de répondre à n’importe quelle commande ; et celui qui a du talent pourra, à l’instar d’un autre grand maître de la diversité, Hawks, transformer presque tout ce qu’il touche en pépite.
La maison du diable le voit ainsi s’atteler au film d’épouvante, une petite incursion qui tranche entre les deux prestigieux aspirateurs à oscars que sont West Side Story et The Sound of Music. Si l’histoire reste on ne peut plus conventionnelle (un manoir hanté, et le désir de ceux qui le visitent de faire lumière sur la légende qui l’entoure), c’est surtout pour son amusement formel que le film vaut le détour.
Si l’exposition est un peu laborieuse, c’est parce qu’elle pêche par bavardage : en voulant expliciter à l’avance les phénomènes paranormaux, les personnages pensent avoir une certaine maitrise du lieu. Le relais sera pris par la voix off de la protagoniste, malheureusement elle aussi un peu pesante par sa propension à tout mettre en mot . Mais le contraste avec la suite des événements soulignera finalement d’autant plus la force des images : Du plan à la séquence, des mouvements de caméras à l’usage du son, tout, dans La Maison du Diable, est exploité au profit de la peur, et atteint la plupart du temps son objectif.
Le lieu lui-même est déjà exceptionnel, de par ses dimensions et les prises de vues, presque expressionnistes, qui amplifient sa singularité. Plongées et contre plongées, grand angle aux distorsions assumées font vibrer l’architecture d’une présence surnaturelle bien avant que les premiers phénomènes ne se manifestent. On pense souvent à la manière dont Welles a sur mettre en lumière les espaces (dans Citizen Kane, bien sûr, mais aussi et surtout dans la splendide demeure des Ambersons) : les lignes de fuite sont démesurées, et la folie semble contaminer toutes les structures, au sommet desquelles trône un fantastique escalier en colimaçon qui portera l’apogée déséquilibrée de l’effroi.
La Maison du Diable est ainsi un exercice de style particulièrement instructif sur la capacité du cinéma à provoquer la peur, et, surtout, à l’intelligence qu’il y a à procéder par l’économie de moyens. Fidèle au précepte du fantastique, qui veut qu’on laisse poreuse la frontière entre rationnel et paranormal, le film joue avant tout de la question du point de vue, et de ses limites.
Corridors, miroirs, statue, suites trop spacieuses : c’est parce qu’on nous a au préalable raconté la légende que nous investissons de nos pires attentes ces lieux pourtant avant tout inertes. Le son joue dès lors un rôle essentiel, lors de séquences qui laissent présager d’une présence invisible : le mouvement du cadre poursuit ainsi une menace immatérielle, et ne s’en remet qu’à la réaction terrorisée des occupantes pour donner du crédit à la peur. Stratégie d’autant plus intéressante que le dénouement jouera avec cette ambivalence : alors que la folie gagne la mise en scène elle-même, (notamment par d’incroyables mouvements de caméra) au diapason de celle de la proie, le spectateur se voit contraint de prendre un recul sur cette dernière, et d’envisager une folie bien plus circonscrite.
On le ferait presque avec regrets, tant il était savoureux de voir se dérégler la norme bien stable du réel. Folie ou non, le plaisir est intact, et le manoir gardera, sous la patte malicieuse du cinéaste, cette vibration opaque et vertigineuse.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Ces films que SC me donne envie de voir..., Les meilleurs films d'horreur, architecture, Les meilleurs films fantastiques et vu en 2017
Créée
le 20 mars 2018
Critique lue 903 fois
6
le 29 juil. 2011
SuivreAprès le pré-adolescent zombie, je me nettoie les rétines avec un film d'épouvante à l'ancienne. Première différence, et non des moindres : la mise en scène. D'abord, elle existe, ensuite, c'est elle...
8
le 19 déc. 2012
SuivreÉnorme, grosse claque au final. Des frissons en pagaille, pas du genre tout de suite, plutôt à doses mesurées puis la partie finale qui fait on ne peut mieux son boulot. Pas un meurtre, pas une...
9
le 17 mars 2014
SuivreAfin de provoquer la peur et l'effroi, il n'y pas forcément besoin d'artifices grossiers et ça, le cinéaste Robert Wise semble bien l'avoir compris avec cette adaptation du roman de Shirley Jackson,...
1
le 6 déc. 2014
SuivreCantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...
9
le 14 août 2019
SuivreIl y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...
8
le 30 mars 2014
SuivreLa lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème