Renaud est dans le dialogue
Cela n'avance pas à grand chose de le dire, c'est probablement même faire fausse route et parler de tout sauf du film; Mais j'ai la net impression que de cette Histoire (avec ou sans majuscule) Kechiche en aurait fait un chef-d’œuvre. Des personnages vrais, intéressants, ayants un vécu à faire ressentir et quelque chose de fort à raconter. D'ailleurs pour être honnête, si ce film est loin d'être parfait, il a le mérite de déborder d'émotion. Peut-être même l'un des plus touchants de cette année. Cette générosité en sensations est à la fois la force du film et son boulet.
Le lyrisme trop appuyé dévie de l'intimisme et du réalisme portés par les acteurs. Des notes de piano et autres mélodies qui ne sont pas bien à leur place. Pourtant le démarrage sur l'Hexagone de Renaud est réjouissant. Mais déjà là ça termine en eau de boudin, à peine lancée elle se fond avec brutalité dans la violence plutôt que de l'illustrer. Symbole des idées mal développées. Aucune place n'est laissée au silence, pas même quand il est de rigueur dans le récit. Tout le travaille sur le son est incohérent. Des bruits de foules, qui chante, qui crie, qui parle, qui se soulève auraient aidés a l'apport du naturel nécessaire. En plus de l'ambiance musicale, le texte soigne aussi ses effets. Les traits son surlignés et on s'approche malheureusement parfois de la caricature. Celle d'une histoire de vie qui vire à la comédie-romantique. Point de rotation de ses portraits grossis, Jamel. Protagoniste de second plan de La Marche il en est néanmoins l'ambassadeur. Pas étonnant donc que son rôle n'en soit pas un et qu'il se contente de faire son numéro de clown habituel. Souvent extrêmement lassant, parfois efficace. Forcement quand l'imbécile heureux arrête ses pitreries et dévoile des convictions, on admire. La bonne intention du choix narratif reste dans l'ensemble une bonne réussite, surtout dans le discours de combat contre le racisme sous toutes ses formes. Ainsi l’homosexualité de Charlotte Le Bon et la relation entre Sylvain et Monia travaille honorablement le propos.
Des rôles carrément sur mesure, peut-être trop, pour tout le casting. Tewfik Jallad joue avec classe le meneur d'un mouvement devenu historique et s'offre un avenir prometteur dans le cinéma. Après deux films mineurs et un second rôle dans le dernier Gondry, l'ancienne miss météo québécoise de Canal finie sa grande année en beauté et marche sur les pas de Louise Bourgoin. Olivier Gourmet est encore remarquable. Hafsia Herzi (La graine et le mulet) est une lumière, elle sublime le film. Si elle reste flou (comme la piètre qualité de la photographie) la scène après la cabine téléphonique est saisissante.
La récupération politique de mouvements citoyens est abjecte et il est juste de la condamner. Peut-être maladroit en revanche de cibler SOS Racisme dans l'épilogue. L'association fût malgré tout une cause louable.
Le fond de ce que raconte La Marche prend aux tripes et c'est d'utilité publique car tristement toujours d'actualité. Dommage que la forme surligne tout et joue sur la compassion du spectateur car c'est inutile. L'histoire dans sa forme la plus brut se suffit à bousculer.