En 1983, eu lieu la première marche pour l'égalité et contre le racisme, communément appelée "marche des Beurs", en réponse au climat violent et nauséabond qui régnait en France à l'époque. Triste de constater que trente ans plus tard, le constat est le même, à savoir catastrophique.
Afin de fêter dignement l'évènement, une reconstitution est mise sur les rails sous la direction de Nabil Ben Yadir, bénéficiant pour cela d'un budget confortable. Malheureusement, malgré une campagne promo à grand coup de projections à L'Elysée, à l'Hôtel de Ville, au Sénat ou encore à l'Assemblée Nationale, le film est un flop retentissant.
Principal reproche fait au film: ses libertés par rapport à la réalité historique. N'ayant pas été sur les lieux (et pour cause, j'étais encore dans les couilles à papa), je ne saurais dire si la polémique est justifiée. D'un autre côté, j'ai envie de dire "peu importe", tant le cinéma a toujours joué avec la véracité des faits, les triturant jusqu'à plus soif afin d'en faire ce qu'il lui plais. L'important étant que le message initial est toujours présent, et que le film a le mérite d'ouvrir le débat.
Comme souvent avec ce genre de production, le résultat est un brin scolaire, trop conscient de ce qu'il souhaite dégager et vaut davantage pour ses idées que pour ses réelles qualités cinématographiques. On pourra également reprocher une caractérisation arbitraire des personnages (pas trop compris le rôle de Malik Zidi), à commencer par celui incarné par Jamel Debbouze. Si je ne remets à aucun moment en cause l'implication du comédien dans le projet, j'émets plus de réserves sur l'utilité de sa présence.
Pour le reste, le film de Nabil Ben Yadir se suit avec un certain plaisir, grâce notamment à ses comédiens talentueux et à un refus d'édulcoration, le cinéaste n'hésitant pas une seconde à montrer toutes les saloperies commises par de bons français respectables tout en mettant bien en évidence les divergences entre les différentes communautés et partis.
Une reconstitution perfectible et peut-être éloignée des faits mais tout de même essentielle dans sa volonté de rappeler au public de ne pas détourner le regard, de ne pas faire la sourde oreille face aux injustices, dans un pays où les propos abjectes et les actes révoltantes sont presque devenus une habitude.