La promenade proposée par le long métrage le plus ancien que nous ayons pu conserver de Murnau est faite d’embûches, de ronces, et trop rarement d'agréables fleurs.
La séance se fit sans intertitres ni accompagnement musicale, chose certainement dû à la copie que possédait la Cinémathèque Française. Heureusement, la compréhension globale du métrage n'en fut empiété, le film en étant par ailleurs fluidifier, voire même trop fluidifié. En effet, l'intrigue est rapide et la fin très expéditive. La relation entre l'aveugle et Helene, formant alors le cœur de l'histoire, est soudaine et totalement illogique à un moment où celle entre la femme et le docteur est dominée par la fougue et la passion. Nous pourrions tout autant évoquer l'absurdité des capacités surnaturelles du docteur, celui-ci étant capable de soigner la cécité d'un tour de manche. Ce manque d'explication est certainement dû au manque d'intertitre, idem pour le rôle de l'ex femme sans doute ruiné par cette absence qui la rend inutile dans la partie finale du film. Pourtant, le début était prometteur, la séduction d'Helene en trois étapes étant efficace, laissant envisager une projection agréable. Malheureusement, le scénario se désagrège au fil des minutes, au même titre que la réalisation.
Techniquement, le métrage est raté. Sans intertitres, l'histoire s'y voit plus rapide, rapidité entièrement amputé par le montage du film. Les plans fixes sont longs, très longs, beaucoup trop longs pour un film si court. Subsistent quelques plans raccourcis, raccourcis par des coupes brusques, cassant artificiellement une action. Enfin, la direction d'acteur est maladroite, Murnau laissant libre cours aux regards caméra de Olaf Fonss et à son surjeu frôlant le ridicule.
Se tire malgré tout de Promenade dans la nuit un profond romantisme. Le décor naturel de la colline au bord de mer est le point fort du film. S'y balade un Conrad Veidt ténébreux, quasiment possédé, contemplant – lorsqu'il recouvre la vue – avec plaisir le paysage. Il est le symbole de la tragédie qui se défile. C'est une histoire d'amour tragique se concluant par trois suicides, dont celui de l'amante du personnage de Veidt, lui qui reperdra de nouveau la vue comme si la vie s'éteignait à son retour dans l'obscurité.
Par le biais du personnage de l'aveugle, le métrage aborde le thème de la création se retournant contre son créateur. Dans la séquence où il recouvre la vue, le docteur donne la lumière à sa création en ouvrant symboliquement les rideaux. La créature, devenant en quelque sorte consciente, trahira celui lui ayant rendu la vie en séduisant sa femme. Cet appartenance à ce poncif justifie le jeu de Veidt se rapprochant davantage d'un Cesare a une personne aveugle.
Promenade dans la nuit possède une valeur historique importante dont sa valeur cinématographique n'arrive à sa cheville. C'est une promenade intéressante mais loin d’être relaxante.