Au moment de sa sortie en salles j'avais été très déçu par La Meute, projet des plus alléchant dont j'attendais énormément avec d'une part un réalisateur aux notes d'intentions et aux influences des plus respectables (Carpenter, Franju, Tourneur) et de l'autre la perspective d'un vrai film de monstres s'inscrivant dans une culture et un décor typiquement local et français avec les terrils post-industriel du nord de la France. La déception était sans doute en adéquation avec mes espoirs un peu trop forts et avec un résultat qui n'avait pas le ton que j'attendais. Le revoir 15 ans après sa sortie m'a permis de clairement réévaluer positivement l'unique film de Frank Richard.
La meute raconte l'histoire d'une tenancière d'un petit bar paumé dans le Nord qui accueille les voyageurs égarés avant de les séquestrer afin de pouvoir nourrir des goules qui vivent sous la terre des terrils.
Le premier gros problème que j'avais rencontré avec le film de Franck Richard était incontestablement le ton décalé avec lequel le jeune réalisateur et scénariste avait traité son histoire car l'humour et la dérision plombait presque immédiatement pour moi l'aspect horrifique du film. Avec le recul et en appréhendant le film plus comme une comédie horrifique je souscris bien mieux à certains personnages caricaturaux qui finalement n’entache pas tant que ça le premier degré d'un récit ouvertement fantastique. Alors qu'il m'avait assez agacé à l'époque je trouves finalement le personnage interprété par Phillippe Nahon assez amusant y compris quand il parle à son solex comme si c'était un cheval ou qu'il se fourre des crayons dans le nez et les oreilles. En revanche je n'ai pas changé d'avis sur les trois personnages des bikers trop gratinés avec leurs dialogues systématiquement orduriers, leurs rires de hyènes et qui se touchent mutuellement les cuisses en faisant du tricot. Les trois personnages sont toujours aussi gênants, inutiles, ridicules et n'ont rien à faire dans ce type de production. C'est aussi un plaisir nouveau teinté d'émotion de revoir Emilie Dequenne dans le rôle de cette fille badass et paumée et Benjamin Biolay dont l'unique expression faciale sert plutôt bien son personnage désabusé et nonchalant. Mais l'atout majeur du casting reste Yolande Moreau absolument parfaite avec un personnage certes taillé sur mesure mais qui permet à l'actrice d'utiliser toute sa gouaille pour sortir des dialogues comme : " Même du bon côté du canon t'as toujours une tête de con " ou " Je vais repeindre mon lino avec le jus de tes couilles " sans jamais être vulgaire.
L'autre grosse déception à l'époque venait du fait que jamais le réalisateur n'exploitait pleinement son cadre typiquement français. Certes le décor typiquement minier était là mais on sentait que l'influence était parfois jusqu'à la caricature vers les productions américaines avec saloon, bikers et réminiscence de Massacre à la Tronçonneuse dans l'aspect survival, c'est un peu comme si en cours de route Franck Richard ne croyait pas lui même que l'on puisse faire un film d'horreur typiquement et 100% français. Pourtant le fond et bel et bien là (même si il est à peine exploité) et occasionnellement le film nous balance des plans magnifiques ou justement le ch'nord ressemble à un version grisâtre et pluvieuse du Texas. Ce mélange d'influence m'aura en tout cas beaucoup moins perturbé lors de se second visionnage. Et puis les goules même si on ne les voit pas assez à mon goût ont vraiment de la gueule tout comme Yolande Moreau hurlant à la mort une nuit de pleine lune assise dans son rock in chair avec son fusil à pompes sur les genoux.
Au final je suis bien content d'avoir redonné sa chance à La Meute et d'avoir passer un très bon moment devant. Le film possède tout de même de chouettes atouts comme son casting, ses goules plutôt réussis graphiquement, quelques belles ambiances nocturnes et deux ou trois images fortes dignes d'un véritable film d'horreur. Avec un peu moins de second degrés, quelques personnages en moins et un peu plus d'ambiance terroir on tenait sans doute un vrai bon film d'horreur français.