J'ai découvert, il y a quelques années, Antonioni avec Zabriskie Point, que je n'ai jamais vu en entier parce que je me suis bien emmerdé et j'ai rien compris au film. A cette époque, je crois que je n'avais pas encore de « maturité cinématographique » si on peut dire. Mais entendant parler régulièrement de ce cher Antonioni, je me suis toujours promis de voir ses films marquants. Que dire d'un cinéphile qui n'a jamais vu de film d'Antonioni ? Donc c'est avec cette appréhension et ce lourd passif que j'ai donc regardé « La nuit ». Oui pour une fois je raconte ma vie mais pas facile de critiquer un tel film, alors je repousse l'échéance de quelques lignes.

Si l'aurore représente un amour naissant entre deux personnes et que le jour est une idylle fleurissant entre deux êtres où l'amour s'épanouit à son zénith alors la nuit incarne clairement la passion flétris et passé qui meurt sous les rayons de la lune. Cette phrase, je pense, résume bien l'idée du film, il se déroule sur une courte période (moins de 24 h). Durant ce laps de temps la camera suit le destin d'un couple composé de Marcello Mastroianni et de Jeanne Moreau (magistraux). Utilisant les codes du film contemplatif, Antonioni laisse déambuler ses deux personnages aux hasards des rues de Milan pour illustrer le naufrage de se couple qui s'est tant aimé.

Contemplatif ? Car dès le départ la communication entre Giovanni et Lidia est inexistante, les dialogues se font dans l'indifférence, Lidia cherche l'attention d'un mari qui ne la regarde plus. Ce même mari écrivain ne la touche plus et la regarde à peine quand il lui parle. Il n'y a pas de haine ou de rancune mais de l'indifférence malgré parfois quelques phrases cyniques qui fusent et s'immobilisent dans l'air pour finalement s'évaporer. Le style est lent, le scénario minimaliste. Antonioni détaille minutieusement ce naufrage amoureux, les expressions des visages, les attitudes en disent plus long que des mots. Et puis le film évolue un troisième personnage apparaît, Valentina belle et envoûtante. Un trio se forme, sensuel mais toujours tout en retenue et modestie. Les langues se délient peu à peu mais les sentiments de chacun n'apparaissent que dans les mouvements des corps au cours de cette nuit, flirt après flirt. Cette étrange ambiance est toujours liée à la mort, où les personnages relativisent et peuvent faire le bilan de leurs vies communes dans un noir et blanc qui n'aura jamais été aussi beau.

Finalement, au petit matin les sentiments éclatent avec l'aurore, la passion est palpable dans une lettre, et dans une dernière étreinte désespérée, pour disparaître à jamais au gré du vent. Si la lenteur du film à parfois été une sorte de frein à la force des sentiments, le film garde une puissance émotive assez étonnante. Certains disent que c'était la période la plus riche d'Antonioni, je veux bien le croire.
CREAM
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le 5 mai 2011

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