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Pas mal, ce titre

Le cinéma d'auteur se porte mal. L'autre jour, le cinéaste Benoit jacquot constatait sur le sujet en interview que les spectateurs ne voulaient plus voir de films d'auteurs. Selon lui un constat, peut-être, fataliste, sûrement.

Car les français ont encore la chance d'avoir un cinéma capable de proposer des films comme La passagère. Un film mal vendu, qui sort en pleine quinzaine de noël et dont personne ne parle, hormis fort heureusement les magazines et sites spécialisés _ Et c'est un autre particularisme culturel à préserver que notre critique nationale. Un film qui a dut coûter deux point quatre secondes du budget CGI's du mastodonte Avatar 2 face auquel il se présente au cours des fêtes de fin d'année, sans que pourtant on pense à aucun moment à cela en cours de séance. Le cadre est rigoureux, dans un style évoquant par exemple Stéphane Brizet au moment de montrer le quotidien d'un couple marin-pêcheur de façon quasi-documentaire.

De grain, il va d'ailleurs être beaucoup question, dans la photographie du film donc, de celui de la peau de son héroïne, aussi.

Clara est venue habiter dans une des îles minuscules dont fourmille la côte atlantique de notre beau pays. Une vie à l'écart, qu'elle mène depuis vingt ans, mariées à un marin dont elle a adopté le métier, la vie, les amitiés sans férir. Ils n'ont pas d'enfants. C'est un choix fort. Il faut être sacrément amoureuse de l'autre, de l'endroit ou de ce style de vie, vouloir possiblement fuir quelque chose. Pas nécessairement quelque chose de grave. Ou alors, elle a simplement trouvé sa place. Pourtant un mystère semble la suivre, comme la caméra, qui ne peut nous le cacher longtemps, et il suffit d'un plan sur ses cheveux, du jeu entre chien et loups du contraste de la lumière tandis qu'elle la suit. Clara est belle, et la beauté est un mystère en soi. Elle peut isoler du monde, et peut-être qu'elle a voulu s'isoler de sa beauté. de sa représentation, des possibilités qu'elle offre en ce monde. Il arrive que la vie soit affaire de moments et non de prédestination.

Or, l'arrivée de Maxence, en apprentissage, va poser des questions qu'elle ne se posait sûrement plus, (é)prise qu'elle est dans la vie qu'elle mène. Car le jeune homme est beau et la caméra n'hésite pas à montrer le désir qu'il peut soulever. Aussi, il n'est pas ingénu, sait jouer de son charme et ce qu'il veut. Elle l'a mal jaugé et il l'a surprend. Cela ouvre une porte. Non pas une brèche, car le film ne raconte pas une déchirure, au contraire. Il nous prend la main, sa tendresse sensuelle nous enveloppe, à l'image de son héroïne, sa rudesse n'est qu'une apparence qui va se dévoiler.

Et c'est à ses côtés que nous assistons à la réaction de son entourage à son aventure. En une poignée de scènes successives, le verdict du milieu qui l'a accueillie est sans appel, et le microcosme insulaire se transforme en organisme vivant qui la rejette comme un corps étranger. Une réalité d'autant plus choquante après le cheminement tendre, passionné mais pudique, des scènes qui l'ont précédé mais dont la brutalité franchira un cap lors d'une scène où les gamins du village viennent la harceler, climax de la montée en tension. Un violence du moyen-âge xénophobe , toujours capable de réapparaitre dans notre société. Un rejet qui n'est pas une affaire de race ou de sexe mais de différence dans la façon d'être au monde, d'incompréhension, d'ignorance et de sentiment d'appartenance dévoyé, là où le qu'en dira-ton domine. Les enfants ne sont que les révélateurs crus des opinions des parents.

Confrontée à ça, Clara est acculée à un choix, se fondre ou prendre le large. Chacun contient sa part de lutte, mais il lui appartiendra de le transformer à sa façon, qui est celle que nous a montré ce beau film, comme le montre sa dernière scène. Dans l'anonymat _ devenu liberté _ d'une ville côtière de Belgique, sur la plage, où elle retrouve cet homme qu'elle ne s'était pas trompé d'avoir aimé.


Alors savourons notre chance d'avoir ce genre de film sans tambours ni trompettes, coincés pendant les fêtes entre deux mastodontes hollywoodiens, dont les stars féminines _ ce qu'il en reste _ rêveraient de tels rôles et d'être regardées de cette façon, juste une fois. Et pourvu que ça dure, oui.

Swindgen
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le 15 janv. 2023

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