Film de 1968 assez étrange qui raconte l’histoire Turner, un soldat américain noir stationné en France, qui rencontre Miriam, une française blanche, et ils vont se heurter aux préjugés et au regard des autres, même si ce n’est pas le cœur du récit. Le film se centre d’abord sur leur rencontre.
Dans certaines scènes, Van Peebles explore les projections mentales et les fantasmes, y compris sexuels, de ses personnages avec une certaine inventivité. Cela ne ressemble pas forcément aux films que j’ai vu de cette période, j’y ai trouvé une vraie originalité.
Le film oscille entre différents genres, aussi bien la romance que la comédie. La scène de la chambre d'hôtel en est l’exemple : un moment particulièrement étrange, d’abord gênant, puis où le spectateur s'introduit littéralement dans la tête des deux protagonistes. Cette plongée dans les projections des personnages met en parallèle deux représentations stéréotypées : d'un côté, le rêve châtelain blanc ; de l'autre, le cauchemar tribal noir. Pour le spectateur d'aujourd'hui, le film tombe d'ailleurs dans des clichés, réduisant par moments le corps noir à une figure riante, joueuse, dansante et acrobates. On sent aussi qu’il a une volonté de provocation chez le réalisateur dans cette relation peu banale dans la France de l’époque et dans les thématiques évoquées.
Néanmoins, le film souffre de plusieurs lourdeurs. On a surtout l'impression d'être face à un film un peu bancal, tiraillé entre des ambitions d'avant-garde et des maladresses de réalisation, à commencer par des cuts souvent abrupts. Puis, après l'intensité de la séquence en Normandie, le film s'éternise et retarde une conclusion assez poussive.