Autant la complexité philosophique et le dépouillement du roman de Camus forcent l'intérêt, autant l'adaptation cinématographique de Luis Puenzo n'est plus qu'un bavard et lourd pensum asphyxié par la profusion de scènes, de lieux et de personnages.
La parabole de Camus sur le fascisme, sur la condition de l'Homme et son asservissement à sa propre nature supporte mal tout ce mouvement artificiel et semble desservi par le caractère hétérogène et cosmopolite du casting, lequel nécessite de surcroît d'être doublé.
On se désintéresse totalement du sort des personnages, les Rieux, Rambert et autre Tarrou, empêtrés dans des aphorismes philosophiques sentencieux et maladroits. La grande ville d'Amérique latine qui sert de cadre au récit -un choix au demeurant judicieux dans la mesure ou le continent sud-américain est historiquement une terre de dictatures- est une cité grouillante mais suggère mal l'attitude de la foule, l'enfermement contraint et le mal implacable qui la ronge.
Il manque à la mise en scène le dépouillement et la portée anxiogène du roman. Le réalisme des protagonistes parait aussi vain qu'hors de propos et s'oppose aux abstractions de Camus.