A une époque où la règle est de chercher à se valoriser, intituler son film La petite vadrouille en référence évidente à La grande vadrouille (Gérard Oury – 1966) c’est tendre le bâton pour se faire battre. On a quand même, par exemple, rebaptisé certains départements pour gommer cet effet dévalorisant. Ainsi, les Basses-Alpes sont devenues (1970) les Alpes-de-Haute-Provence.


Récapitulons. Par rapport à La grande vadrouille, ici :

- Pas de chef d’orchestre colérique et autoritaire

- Pas de bain turc et donc pas non plus de scène culte avec « Tea for two and me for you » noyé dans la brume

- Pas de bonne sœur, surtout pas avec coiffe tarabiscotée. Il est vrai qu’on n’en voit plus dans nos rues

- Pas d’hôtel avec quiproquo dû à un accrochage branlant des numéros des chambres

- Pas de scène en sommet, avec fuite en planeur. Et donc, pas non plus de réplique culte du genre « Y’a pas d’hélice hélas, c’est là qu’est l’os »


J’en passe, pas forcément des meilleurs, mais quand même… A la place, nous avons pas mal de chansons plutôt rétro, dont Santiano d’Hugues Aufray et Elle était si jolie d’Alain Barrière et de multiples versions du thème hyper connu de l’Ode à la joie (BeethovenSymphonie n°9) parmi ceux de musique classique. A la manœuvre, nous avons Bruno Podalydès (également réalisateur-scénariste) qui dirige un bateau du style petite péniche, d’ailleurs nommée « La Pénichette ». A son bord, seulement deux cabines, soit des chambrettes avec couchettes. Et puis, une équipe de bras cassés qui s’active bien maladroitement à mener une mini-croisière sur des canaux. Il y a certes quelques situations cocasses et l’occasion de s’esclaffer deux-trois fois. Mais, Bruno Podalydès semble s’acharner à justifier son titre peu valorisant, à tel point qu’on se demande ce qu’il a en tête. Disons qu’il dénonce une certaine tendance à la mesquinerie humaine qui va jusqu’à profiter de la moindre circonstance favorable pour soutirer autant d’argent que possible à celui suffisamment imbu de sa personne pour ne pas se rendre compte qu’il se fait gentiment escroquer. Tout cela sur le rythme de la navigation fluviale, soit un maximum de 9 km/h, avec une belle brochette d’acteurs qui se démènent en vain : les habitués des films du réalisateur parmi lesquels son frère Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain toujours à l’aise dans le registre de la comédie et Isabelle Candelier, avec aussi Daniel Auteuil en patron lourdaud. La révélation de début de croisière, on la sentait venir depuis longtemps et ce qu’elle apporte ne va jamais au-delà d’un aspect de vaudeville. Quant à la référence cinématographique qui émerge, bizarrement c’est Sérénade à trois de Lubitsch, autrement plus dynamique et pétillante que cette vadrouillette. Et pour Podalydès tintinophile, rien à se mettre sous la dent cette fois. On remarque quand même un clin d’œil bédéphile, avec Denis Podalydès lisant Bob Fish d’Yves Chaland au lit. Les nostalgiques se consoleront en revoyant Dieu seul me voit.


Finalement, le plus intéressant à retenir vient de la rencontre avec un groupe de jeunes qui naviguent sur un autre bateau. Ils refont le monde à leur manière, en constatant que tout se dégrade. De leur discours, deux petits (pour rester dans l’ordre de grandeur idoine) slogans ressortent « Continuer en résistant » et « Puisque tout est fini, on peut tout se permettre » qu’on peut facilement retourner contre l’équipe du film en continuer d’aller au ciné, mais en résistant à la tentation de voir des films manquant d’ambition, y compris ceux de Podalydès s’il poursuit dans cette veine. Ne soyons pas trop négatif, car le film se nourrit de pas mal de petites trouvailles et d’une certaine poésie. Mais on espère pour Bruno Podalydès que son inspiration dépassera le cadre de l’anecdotique la prochaine fois. Parce que l’autodérision, ça va un temps.


Electron
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le 9 juin 2024

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