L'habituelle (et plaisante parce que grinçante) critique millimétrée des pulsions perverses de la grande bourgeoisie vire à mi-parcours au spectacle voyeur et grand-guignolesque, lorsque Haneke aborde de front et enfin sans tortiller son sujet.
Les rires alors provoqués dans le public ne sont plus ceux grimaçants d'une frustration refoulée mais des rires francs face à un sadisme ridicule qui lorgne vers le théâtre de boulevard et dont seul Benoît Magimel semble conscient.
Mais la bouée qu'est pour les spectateurs son personnage, seule instance apparemment stable du film, se crève vite.
Nulle rustine alors nous sauver.
Ne reste plus qu'Isabelle Huppert, sur le visage faussement impassible de laquelle passent un défilé subtil d'émotions et la grâce presque bouleversante de son personnage malade et blessée, pour nous sauver d'un Haneke fidèle à lui-même : certain de son génie auto-proclamé, maître de ses effets, tendant, comme toujours, un miroir mal placé au spectateur, qui aura, plus intelligent que lui, tôt fait de le retourner pour faire apparaître en creux de son personnage principal le reflet de son alter-ego, control freak, vicieux et malade.