Un film très dense, très intense, qui a plutôt bien vieillit . Il s’agit aussi d’un vrai « happening », d’un challenge intellectuel, puisque très clairement Doillon met beaucoup de lui-même dans ce film , à tous les niveaux. C’est à la fois la force , mais parfois la faiblesse du film. Doillon va être très transgressif dès le départ .
C’est bien sûr sa femme, Jane Birkin à qui il fait jouer ce rôle de femme tiraillée entre deux amours. Son mari dans le film sera son propre frère Andrew Birkin, on peut supposer la difficulté, la tension, la complexité pour un frère de jouer un amour fou , pour sa propre sœur. Il y a ensuite cet amour saphique, sublimé, avec la présence de ces deux très belles femmes, et bien sûr Doillon va les dénuder, car on sait qu’il aime les corps féminins. Et il les filme très bien. Jane Birkin et Maruschka Detmers sont belles à damner, et c’’est effectivement la damnation qui attend tout ce petit microcosme .
Esthétiquement, l’image de Bruno Nuytten est superbe ,magnifique, des éclairages très soignés , couloirs d’hôtel jauni par le temps. Les scènes finales sur le ferry sont apocalyptiques dans une tempête allégorique.
Et puis il y a cette hystérie presque collective, car cette femme qui n’arrive pas à choisir , entre son mari et sa maîtresse en devient presque folle, et son mari avec .
Là aussi Doillon demande beaucoup à ses acteurs , ils « vivent » ces crises , on est à l’école de l’ Actor’s Studio, on se bouscule, les claques sont réelles, des combats au corps à corps terrible sur le Ferry.
Il y aussi la sublime interprétation de Philippe Léotard , habité comme jamais dans ce film , sorte de détective trublion, au visage lunaire, comme l’était dans le années trente Robert Le Vigan.
La formidable découverte de la jeune Laure Marsac , diaphane , extraterrestre, très belle , avec ses cheveux gominés et son visage à l’expression mutique , envoutante , son air d’ange gardien ou d’ange exterminateur, rôle qui est le sien dans la scène finale , allégorie sublime de l’amour impossible . La jeune actrice de 14 ans, qui gagna le César de meilleur espoir en 1985, et qui fit ensuite une carrière honorable.
A noter aussi une très belle et intense musique originale de Philippe Sarde .
Un film dérangeant , à l’atmosphère parfois suffocante , mais qui demeure néanmoins une pépite du cinéma d’auteur, total, des années 70/80 , comme on ne pourrait plus le faire aujourd’hui .