Pierre Billon tourne un petit sujet d'aventures exotiques dans le Sahara français. C'est dépaysant dans l'esprit mais assez peu dans la forme, car il s'agit surtout de scènes filmées en studio, y compris les petits moments d'action. Ce film choral, comme on ne disait pas à l'époque, est rempli de personnages sans épaisseur et des archétypes de l'expatrié métropolitain au Maghreb: militaires, commerçants, instituteur... Beaucoup incarnent -peut-être pas les commerçants, qui passent ici pour des voleurs et des affameurs !- la grandeur et les servitudes de la vie coloniale.
Billon propose un scénario bricolé avec une poignée d'acteurs connus sous la forme d'un psychodrame artificiel initié par un possible meurtre et par l'arrivée d'une jolie veuve. Jean-Louis Barrault surjoue le paludéen et le fourbe, Pierre Renoir joue inexplicablement les utilités en sous-off tandis que le lieutenant Albert Préjean incarne l'autorité militaire, l'armée pacificatrice et, même, la France nourricière auprès des populations arabes.
De toute façon, si le film n'a pas d'intérêt relativement à son intrigue sans envergure, c'est son esprit colonial qui en fait l'intérêt. On a vu des sujets, dans le genre, plus grossièrement militaro-patriotiques et auto-satisfaits ; mais "La piste du Sud" est quand même un témoignage intéressant de la mentalité coloniale qui subsistait encore dans les années 30.