Décennie 1990, décennie du thriller, décennie du serial-killer avec des films qui ont marqué l’histoire du cinéma, à l’image du Silence des Agneaux ou de Seven. Dans leur sillage, sûrement une bonne trentaine de thrillers américains, lorgnant sur ces deux succès. Quand La Piste du tueur sort en salles, le genre n’est pas encore totalement essoré même si on commence à avoir fait le tour de la question. Cependant Jeb Stuart a la bonne idée de ne pas reprendre la recette de ses modèles. Exit le serial-killer qui étrille à tout-va, exit l’identité mystérieuse de ce dernier, exit le climat poisseux et suffocant. Pour preuve, contrairement à de nombreux autres titres, celui-ci sort avec la mention « tous publics ». Il se focalise sur la personnalité des différents protagonistes et sur la traque finale opposant l’agent du FBI obstiné (dont le fils a été enlevé par le serial-killer) et donc ce dernier qui, pour brouiller les pistes, s’est adjoint la présence d’un type là au mauvais endroit au mauvais moment.
Dans l’exécution, le résultat est plus proche d’un Randonnée pour un tueur que d’un Seven. Les paysages enneigés, la course-poursuite dans un train lancé en pleine vitesse, les liens particuliers nés entre les différents protagonistes en font presque davantage un film d’aventures qu’un thriller. Cela est d’autant plus vrai que l’identité du tueur est révélée assez rapidement, déplaçant le suspense dans les scènes d’action. Ce parti pris est, de façon évidente, plutôt dommageable. On aurait préféré que l’incertitude entre les deux potentiels serial-killer perdure plus de temps, permettant ainsi de jouer sur des situations ambigües. Quand le pot-aux-roses est révélé avant même la moitié du film, la tension redescend forcément d’un cran dans la foulée. On se demande plutôt comment notre agent du FBI va réussir à le coincer alors que ses supérieurs lui ont retiré cette mission depuis belle lurette.
L’intérêt du film, outre ses jolis paysages et ses belles scènes d’action, se déplace sur les différents personnages mais le réalisateur ne parvient pas à aller au-delà des archétypes, pas plus qu’il ne donne, au final, de réponses sur les choix particuliers opérés par ces derniers. Il en résulte un final attendu, tristement hollywoodien, qui se détourne, en outre, de ses personnages. Entre astuces scénaristiques avec grosses ficelles franchement pas logiques et une résolution qui ne répond tout à fait aux attentes suscitées, on se retrouve devant un film sympathique mais pas à la hauteur de ses promesses. La distribution très solide concourt cependant, elle aussi, à passer un moment agréable.