Il existe une légende selon laquelle Tim Burton aurait un jour réalisé un remake de La Planète des singes de Franklin J.Schaffner. Une légende improbable et qui pourtant, si l’on s’informe un minimum sur SC, s’avère vraie. Il existe effectivement un La Planète des singes de Tim Burton. Je le savais bien sûr, mais j’ai tout fait pour l’oublier (séances d’hypnose, thérapie par électro-chocs...).
Durant les années 90, il fut longtemps question de remaker le classique de Franklin J.Schaffner. James Cameron, Robert Rodriguez et même Michael Bay (le futur virtuose du cinéma transformiste) s’y intéressèrent. Info ou intox de l’époque, Cameron souhaitait même proposer le rôle principal à son pote Schwarzy. Histoire qu’il puisse tabasser à mains nues quelques gorilles.
Heureusement, ou hélas, les choses ne se sont jamais produites ainsi. Ce fut finalement, et contre toute attente, Tim Burton, à peine sorti du tournage de son très gothique Sleepy Hollow qui hérita du projet, après notamment avoir bataillé pendant plus d’un an pour porter sa vision avortée de SuperCage à l’écran. Et le gonze en fut heureux, déclarant à la presse qu’il était ravi de pouvoir remaker le film préféré de son enfance (moi perso j’adore The Thing, c’est pas pour ça que j’irais me casser les dents à vouloir le remaker)
Confier La Planète des singes à Tim Burton, c’était un peu comme confier un remake de Terminator à Wes Anderson. Les producteurs, faisant probablement tourner le bédo autour de la table de réunion, ont dû mélanger la téquila et le haschich et se dire que c’était une idée géniale. C’est vrai que les univers de Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, Batman Returns, Ed Wood et même Mars Attacks révélaient une véritable connection du cinéaste avec le genre de la SF dystopique sans le moindre lien avec la sensibilité gothique, poétique et sarcastique du cinéaste.
Peu importe, Burton s’employa à faire son travail, confia le rôle principal à une anguille, trouva une bimbo pour jouer la cruche à sauver, casta 346 chimpanzés pour le rôle déterminant de Seemous et, chose improbable, tomba même amoureux d’une gueunon à peine sortie de Fight Club.
Sur la base d’un scénario sentant les pieds, le talentueux réalisateur de Batman Returns jeta à la poubelle une bonne partie de son identité artistique pour élaborer à l’image une société uchronique et simiesque aussi impressionnante que L’île au trésor des Muppets.
Chanceux, il put quand même compter sur son pote le compositeur Danny Elfman pour lui composer un score d’envergure dont le thème d’ouverture reste une merveille de symphonie martiale ou les rythmes tribaux côtoient les sons synthétiques futuristes (le thème était tellement bon que la Columbia le reprit pour sa bande annonce du premier Spider-Man de Sam Raimi). De quoi donner un souffle épique à l’ensemble du film lequel ne décollera jamais vraiment, s’acheminant péniblement vers une bataille finale aussi décevante que celle de X-Men 3 et se concluant par un deus ex machina ridicule.
Reste le soin particulier apporté aux décors, aux costumes et au superbe travail de Rick Baker lequel, expérience oblige (Gorilles dans la brume, Mon ami Joe) aura su grimer avec soin trois quart des acteurs du film en primates, acteurs souvent reconnaissables derrière leurs masques (Paul Giamatti, Cary Hiroyuki-Tagawa, Michael Clarke Duncan) et parmi lesquels, seuls Tim Roth arriva à se démarquer en vilain Thade, général belliqueux auquel l’acteur s’employa à conférer une expressivité remarquable tant dans l’infâmie, que la rage et la folie. La scène où, tenant un pistolet, Thade réalise progressivement en un plan séquence l’utilité et la létalité de l’objet qu’il tient à la main et qu’il pointe vers le héros est une des meilleures du film.
Pour finir, vient la question qui fâche. Incapable de renouer avec la conclusion mythique du film original tant son postulat spatio-temporel s’avère aussi tarabiscotté qu’un épisode d’Objectif Nuls (script écrit avec les pieds je vous le rappelle), Burton nous inflige le coup de grâce avec une fin ouverte qui, loin de faire l’effet d’une claque, confirme juste que l’on vient de se dégueulasser l’esprit pendant deux heures. On sort du visionnage avec une bonne kératite, on réalise doucement que le calvaire est terminé et on se demande par quelle folie nous est venue l’idée de (re)voir ce film en s’imaginant qu’il serait peut-être meilleur que dans notre souvenir.
Pour l’avoir vu au cinéma en 2001 (c’est à dire un an après la fin du monde), je vous assure que, lorsque les lumières se sont rallumées dans la salle à la fin du film, beaucoup de gens semblaient désorientés, comme s’ils ne comprenaient pas ce qu’ils venaient de voir. D’autres, amateurs de Red bull, adoptaient une attitude agressive de primates et se tapaient le torse comme des gorilles, quand certains, plus calmes, triaient et mangeaient tranquillement les poux des cheveux de leurs petits.
Enfin quelques cinéphiles éperdus faisaient le deuil de leur admiration jusque-là sans faille de Tim Burton. Fini le sans-faute depuis Beetlejuice à Sleepy Hollow (Quoi Pee-Wee ?). Le gonze se rattrapera avec Big Fish quand Rupert Wyatt et Matt Reese s’emploieront à faire oublier l’existence des bonobos burtoniens avec leurs préquelles.
Mais La Planète des singes de Burton... comment vous dire... c’est un peu comme la guerre du Vietnam. Quand on l’a vécu en salles, on n’en revient jamais vraiment.