On confie pas à un singe le boulot d'un homme
Sujet hautement cinématographique, "La Planète des Singes" a déjà généré un très bon film et n'attend plus que d'être remis au goût du jour. A l'inverse de l'original, le remake compte dans ses rangs simiesques des stars que l'on s'amuse à reconnaître.
Il est bien entendu impensable que Tim Burton se contente de refaire à la lettre un modèle qui n'a pas pris une ride! Donc, il importe de surprendre le spectateur par les nuances subtiles et définitives qui changeront sa perspective toute faite de l'histoire: notre astronaute ne vient plus d'un lointain passé mais d'une station orbitale dans les environs. Il ne se crashe plus sur Terre mais sur une autre planète. Il y a même au début une mise en abîme intéressante avec le rapport de domination homme/singe qui semble prometteuse. On attend la suite avec l'émerveillement de celui qui, se croyant en territoire connu, se rend compte qu'il faut tout redécouvrir. Au bout d'un quart d'heure, le pot au rose est dévoilé: on prend les mêmes en moins bien et on recommence. Même traque du héros dès son atterrissage, captivité, dissention dans les rangs des singes, fuite, retour à la cité légendaire des singes, révélation finale... Pas de relecture finalement, et remake basique il y a, sauf qu'à la limpide simplicité linéaire du modèle on se noie ici dans des digressions inutiles, des personnages secondaires inexistants, des péripéties ennuyeuses. Tim Burton est toujours aussi peu à l'aise avec l'action mais on a en plus perdu ses qualités esthétiques. Photographié et filmé comme le ferait n'importe quel réalisateur normalement compétent à Hollywood, le film déboulonne un peu la statue du maître. Mais c'est évidemment avec les singes qu'on l'attend au tournant.
Les singes sont visuellement irréprochables, on ne reviendra pas la dessus, sauf peut-être pour le maquillage de Tim Roth qui insiste trop sur sa férocité, le contraignant presque à une expression unique d'énervement permanent. Comme on pouvait s'y attendre, le plus grand soin a été apporté aux mimiques et aux déplacements pour renforcer l'aspect simiesque. Les singes crient bestialement dès qu'ils sont énervés, s'accrochent partout... Ils ont l'air de vrais singes sauf quand ils se comportent comme de vrais humains, c'est à dire les 3/4 du temps. A vouloir être trop réaliste, on retire toute la force du concept qui en devient encore plus improbable. D'abord, il y a des singes parlants anglais, qui reprennent à la lettre toutes les institutions et les habitudes des humains, et il y a des humains très civilisés malgré des anneés de sauvagerie et dont on ne sait pas grand chose. Ensuite, ils se massacrent. Finie la découverte progressive d'un univers inversé, exit la cruauté envers les humains, adieu la grande aventure. Bonjour la narration bâclée, les décors en carton pâte, l'absence d'enjeu défini, les fins emboîtées et aussi peu enthousiasmantes les unes que les autres.
Tout le monde court après une originalité que jamais il ne trouva, perdant au passage l'efficacité d'origine. C'est long, c'est mou. Et à voir la fin, d'une gratuité surréaliste il y aura peut-être une suite...