Après des projets dont la subtilité n'était pas ce qui sautait aux yeux de prime abord (OSS 117, The Artist), le réalisateur oscarisé, décidément inclassable, nous met ici une claque monumentale en s'emparant de l'adaptation du conte de Jean-Claude Grumberg et en s'essayant à un nouveau genre : le film d'animation.
2024 avait commencé avec la sortie de La Zone d'Intérêt, film choc qui parvenait à représenter l'horreur de la Shoah d'une manière encore jamais vue jusque là. L'année se termine sur la sortie d'un autre film qui réalise la même prouesse.
À la différence près que, là où le film de Jonathan Glazer glaçait le sang de par la froideur de son dispositif, celui de Michel Hazanavicus apporte une poésie et une chaleur rarement utilisées pour dépeindre cet épisode de l'Histoire.
Et si, comme dans La Zone d'Intérêt, le hors champ est utilisé lorsqu'il s'agit d'évoquer les atrocités commises par les nazis, l'animation apporte ici un filtre qui permet d'aller plus loin et d'oser montrer ce qui pourrait paraître obscène en prises de vue réelles.
Le réalisateur ne cherche néanmoins jamais à sur appuyer son propos et préfère suggérer à travers des silences et de longs fondus noirs. Pour autant, plusieurs scènes resteront gravées dans les mémoires de beaucoup de spectateurs comme celle à l'intérieur des convois menant les déportés vers les camps, ou celle où des visages saisis par l'effroi et la mort se superposent, rappelant le célèbre Cri d'Edvard Munch.
Si la façon dont est dépeinte la déportation des Juifs est bouleversante, le film va bien au-delà de sa fonction de devoir de mémoire pour mettre en avant des valeurs universelles et intemporelles telles que le courage, l'humanisme et la résilience.
Un résultat d'une délicatesse infinie et parcouru de bout en bout par une élégance qui s'étend jusqu'au casting avec les voix des très grands Jean-Louis Trintignant, Dominique Blanc et Denis Podalydès.
La plus précieuse des marchandises est le premier film d'animation de Michel d'Hazanavicius, qui a dessiné lui-même chaque personnage, mais aussi son plus beau film tout court.
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