mort aux rats et vieille dent contre elle

Aujourd'hui on semble parfois découvrir comme un fait nouveau la critique du patriarcat. Heureusement qu'il existe des oeuvres pour nous rappeler que...

cela ne date pas d'hier!

Que voyons-nous dans La Poison? Un couple qui se déchire. Ils étaient peut-être beaux il y a trente ans, et peut-être même qu'ils s'aimaient quand ils se sont mariés, mais aujourd'hui, tout n'est plus que désillusion. Le film est vu du point de vue du mari Braconnier (c'est son nom, pas son état), joué par un Michel Simon impérial qui n'a jamais été tant détestable, en pauvre type aigri et usé.

C'est qu'il a une femme, le Braconnier, une femme telle que tout le village le plaint. Alors lui il va voir l'abbé, et il confesse que l'un d'entre eux est de trop sur terre. Et justement, voilà qu'un avocat, à la radio, parle de la distinction qu'il convient de faire entre meurtrier et assassin. Et cet avocat a 100 aquittements à son compteur, de gens dont il paraît que leur culpabilité n'était pourtant plus à établir !

Sacha Guitry prend donc, pour raconter cette histoire, le point de vue du meurtrier. On sait que c'est dangereux pour la compréhension d'une oeuvre depuis Lolita de Nabokov, critiqués par beaucoup, dont certains l'ayant lu, mais de travers, comme apologie de la pédophilie. Mais cela signifie aussi qu'il mise sur l'intelligence du spectateur. En tant que spectateur justement, je m'en sens flatté.

Mettons nous un instant dans la mentalité de ceux qui voient le film en 1951. On peut imaginer qu'ils sont de tout coeur avec Michel Simon, qui a une femme si moche et si acariâtre. Or le film démontre justement qu'il a l'appui, pour ne pas dire la bénédiction, d'une société médiocre, après tout le pauvre homme n'a pas eu beaucoup de bonheur. Sacha Guitry prépare donc le terrain pour mettre le spectateur au rang du complice !

Car il n'y a aucun doute sur ce que pense Guitry : les notables de notre petite ville perdue sont montrés, dans ce qui ressemble à une digression, mais on verra plus tard qu'il n'en est rien, dans toute leur médiocrité satisfaite d'elle-même. Ce qu'on nous rappelle à la prison, et enfin dans le plan final, deux passages qui viennent raccorder cette soi-disant digression.

C'est bien à une critique virulente de toute la société patriarcale que se livre Sacha Guitry. Le personnage de Michel Simon est le plus abject, car il en joue consciemment.

Aujourd'hui, ce qui est amusant, c'est que le postulat pour le spectateur est retourné : on va se demander ce qui a fait que cette femme est devenu une telle épave, et d'emblée se montrer suspicieux, sinon plus, envers le personnage de Michel Simon. Et pourtant, le film fonctionne toujours très bien. D'autant mieux qu'on s'attend à ce que le personnage de Michel Simon ait des circonstances atténuantes, et qu'il est d'autant plus jubilatoire de le voir se révéler si monstrueux au tribunal.

La longue séquence du tribunal est d'ailleurs un chef-d'oeuvre : en terme de rythme, avec un montage très rapide et un découpage très précis sur les réactions des uns et des autres ; mais aussi par son montage alterné avec la scène recréée par les enfants. Cela ajoute un côté sarcastique supplémentaire qu'on ne peut développer sans raconter le film. Disons que deux histoires différentes sont résumées rapidement en parallèle, et que "la vraie" n'en sort pas grandie.

Véritable procès mené tambour battant contre la société, La Poison se révèle en tout point un pamphlet jubilatoire, servi par une interprétation au sommet.

BigDino
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le 18 août 2026

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