Rémi est un homme comblé, il aime raconter son quotidien plein d'amour avec sa femme Audrey, mais une nouvelle collègue ébranle ses certitudes sur son couple... Non, attendez, ne partez pas trop vite devant une énième histoire niaise de triangle amoureux, car La Poupée vous révèle d'emblée "le petit soucis" : Audrey est un sextoy. "Ah, ça ne va pas être le même film". Quelque part entre Une créature de rêve (1986) et Une fiancée pas comme les autres (une petite pépite à rattraper d'urgence), cette comédie française aussi prend vie à l'improviste, quand personne ne l'attendait. On retrouve bien l'esprit de ses deux prédécesseurs : les situations cocasses et les dialogues à double-sens, mais aussi une immense tendresse pour ses personnages. Le trio d'acteur Zoé Marchal (la poupée "de rire"), Vincent Macaigne et Cécile de France a une alchimie évidente, et on se prend au jeu de savoir jusqu'où les mensonges du passé vont être difficiles à démêler, maintenant que "la concernée" est là, et se ballade partout en tenue légère ("Ben, d'habitude t'aimes ça, mon Loulou..."). Autant dire que la mine impayable de Macaigne en grand timide qui subit les bêtises de "sa femme" ingénue fonctionne très bien comme running-gag. On retiendra aussi le repas en famille (pieds nus) ou chez les potes (en nuisette), cette poupée ne ratant aucune bourde et prenant tout au premier degré, avec son air de ne pas y toucher : elle est ultra attachante. On a donc très peur sur la finalité de cette histoire fantastique, et le film sait que vous êtes fou d'elle : il s'offre le luxe de vous mettre en rogne avec
une fausse fin décevante, avant de vous faire lâcher un "YES !!!" dans la scène du générique...
Petit malin, va, on s'est fait avoir. Il y a aussi beaucoup d'intelligence quant au regard que le film porte sur l'émancipation de ce "jouet pour hommes" (un symbole qui n'est pas fortuit), avec plusieurs messages féministes qui ne font pas dans la dentelle, mais qui font du bien. On y aborde aussi en sous-texte la pression sociale pour l'homme qui n'a pas pu
extérioriser sa peine quant à une ancienne rupture, que ses parents vieux jeu voudraient voir "posséder une femme" à tous prix,
bref : pas facile non plus pour lui (notre regard change du "pervers taré" pour le "pauvre gus triste"). Dans le paysage de la comédie française, La Poupée se démarque par ses personnages adorables (même la sœur de Rémi est un bon personnage secondaire), par ses messages sur les relations humaines, et par ses gags bon enfant qui fonctionnent. Alors oui, ce n'est pas la comédie du siècle, mais impossible de bouder son plaisir devant cette histoire feel-good et sa poupée très attachante qui, à l'inverse de la chanson de Polnareff ne sait (littéralement) que faire "oui, oui, oui, ouiiiiii...".