La Poupée
5.5
La Poupée

Film de Sophie Beaulieu (2025)

Voilà donc Rémi, célibataire endurci par la peur, qui troque la complexité des êtres vivants pour la docilité rassurante du silicone. Sophie Beaulieu croit inventer une fable féministe en animant le sex-toy d'un loser magnifique, mais elle oublie que le cadavre exquis qu'elle caresse depuis quatre-vingt-dix minutes n'a jamais vraiment eu de pouls. L'idée de départ, la poupée qui prend vie et bouscule les codes du mâle moyen, a la fraîcheur d'une blague de café du commerce revisitée par les amphis de sociologie. Et le film, incapable de choisir entre la comédie romantique, l'épouvante et le pamphlet, finit par ressembler à cet appartement de Rémi : tout en couleurs vives, mais désespérément vide de révolte.


Le problème n'est pas Macaigne, évidemment. L'acteur a cette grâce des taciturnes qui transforme la banalité en mélancolie. Mais Beaulieu l'enferme dans une partition trop confortable : son Rémi recule devant chaque confrontation comme devant une facture impayée. Lorsqu'Audrey, désormais parlante, désamorce ses petites lâchetés avec une candeur philosophale, on croit que la machine va s'emballer. Que non. Chaque pic d'intelligence est immédiatement raboté par un retour au sitcom, baby-foot, collègues, horoscope. Le féminisme, ici, n'est pas un scalpel : c'est un sachet de sauce en trop dans un plat déjà insipide.


Le plus frustrant reste l'émancipation promise. Audrey s'éveille, oui, mais pour quoi faire ? Pour mieux accepter sa condition ? Pour coexister dans une ambiguïté molle qui arrange tout le monde ? Le film recule devant l'abîme qu'il a lui-même ouvert : si la poupée est une métaphore de la femme réduite au silence, la réveiller exigerait une violence que Beaulieu n'ose filmer. À la place, elle nous offre un compromis tiède, une cohabitation proprette où le patriarcat prend des leçons sans jamais rendre les clés. La Poupée, au final, ne dérange personne, pas même les collègues de Rémi, pas même Patricia, pas même nous. Et c'est là son vrai crime : avoir tous les outils pour cogner, et choisir de caresser.


Créée

le 1 mai 2026

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