En lisant mes éclaireurs qui ont apprécié ce film, lequel j'avais trouvé médiocre il y a longtemps, comme une faille dans la belle filmographie de John Sturges qui fut vouée à de l'action combinée à de la morale, j'ai été tenté de le revoir pour peut-être changer d'avis.
Rien à faire, les scènes d'action sont au-dessous de la vigueur et de l'inventivité habituelles de Sturges : impossible de prendre au sérieux des combats dans une jungle éclairée comme une salle de bal, pas plus que la chorégraphie binaire des gagnants et des perdants - parfois ce sont les japonais, parfois ce sont les américains (plus souvent évidemment) et leur troupe d'autochtones birmans chrétiens (des kachins).
Pourtant l'auteur du livre Never So New, Tom Chamales y avait relaté son expérience d'un authentique incident en Birmanie où la Chine, alliée des américains, fut impliquée par le biais de ses généraux sur le terrain : le massacre d'un convoi de GI's, pour les voler. C'était alors la guerre contre le Japon et l'auteur combattait pour l'OSS (organisme qui a précédé la CIA) et il dirigeait 900 kachins. Il n'avait que 24 ans et il avait auparavant fait partie de la fameuse troupe du général Merril (dont Samuel Fuller fit un très beau film en 1962 Merril's Marauders - Les Maraudeurs attaquent).
Dans ce film-ci, qui reprend le titre Never so few qui signifie "Jamais aussi peu" pour évoquer la faiblesse numérique d'une riposte américano-birmane au Japon, une romance est plaquée sur l'intrigue, et elle est si artificielle qu'on est surpris d'en trouver Gina Lollobrigida moins belle que dans ses autres films, aussi peu crédible que la jungle éclairée comme une salle de bal.
Ce qui en revanche est du "sturgien" attractif est la relation entre les personnages : elle est très soignée et elle réveille notre intérêt quand l'action, paradoxalement, nous endort ou nous éloigne de l'écran. D'autant plus si on aime les seconds rôles qui deviendront bientôt des stars (Steve McQueen, Charles Bronson) ou qui furent des premiers rôles à une période de leur longue carrière (l'anglais Richard Johnson, ou Brian Donlevy...).
Ces interactions qui mélangent l'attendu, le "presque cliché", à de l'inattendu, avec des punchlines politiquement incorrectes, concernent aussi bien les camarades de combat sur le terrain que les officiers d'une ligne hiérarchique disloquée entre des lieux très éloignés et des critères de commandement equivoques, ou tiraillés entre la discipline et la diplomatie ou la politique, parfois très basse (alliances complexes avec la Chine de Tchang Kaï-chek contre le Japon).
Alors, on assiste à des échanges assez captivants sur l'éthique du soldat, la riposte graduée ou non proportionnée, la gestion de la douleur, de la souffrance et de la mort (sur l'euthanasie) et sur le rapport aux prisonniers qui ont commis des crimes de guerre.
Au bout du compte, Monsieur Sturges nous étonne car il nous gratifie d'un film plus interessant dans les scènes de palabres que dans l'action ou la romance.
Et donc, il y avait bien quelque chose d'interessant dans ce film...