Comme à son habitude, Elio Petri continue sa dissection critique d’une Italie à deux vitesses, en s’engageant à nouveau dans l’illustration directe d’une lutte des classes impitoyable. Deux personnages la portent avec beaucoup de cynisme : un employé de banque sans le sou décide d’inverser la vapeur en s’improvisant voleur de métier : sa seule victime, l’un de ses clients, est un banquier richissime confortablement installé dans une vie qui ne lui refuse rien.


S’il est amusant, dans un premier temps, d’être témoin de cette inversion des rôles croustillante, et d’assister au désarroi d’un homme de pouvoir habitué à être le métronome des pauvres ouailles qui vivent pour le servir au quotidien, au bout d’un moment la démonstration patine un peu. Elio Petri fait ce qu’il fait de mieux, à savoir pointer du doigt vices et corruption sans prendre de gant, mais sur la distance, peine à renouveler le sujet qui l’intéresse : des problèmes de rythme que certaines coupes judicieuses, notamment la trame de l’inspecteur de police, auraient certainement pu régler.


Cela étant dit, les thématiques que corrode Petri avec sa plume assassine parleront à beaucoup, d’autant plus qu’elles sont illustrées avec intelligence : un employé de banque qui se gratte parce qu’il est allergique à l’argent, c’est une idée qui fait autant sourire qu’elle est forte de sens. Le cinéaste pousse également le concept de femme objet jusqu’à la rupture, provoquant le malaise à diverses reprises. Daria Nicolodi impressionne, totalement privée de sa singularité d’être humain. Objet de désir, possession matérielle, elle devient inexistante, statique, un accessoire d’intérieur qui peut éventuellement servir de monnaie d’échange.


Grinçant, dérangeant, La propriété c’est plus le vol poursuit la charge revendicatrice caractérisant la filmographie d’Elio Petri. En s’attaquant à la répartition des richesses, en montrant du doigt les grands propriétaires terriens qui s’enrichissent sur le dos de la classe populaire, le cinéaste enfonce certes quelques portes ouvertes, mais il le fait avec une sincérité évidente et une rage jamais tempérée qui rendent son œuvre nécessaire.

oso
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le 29 févr. 2016

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