Diffusé pour la première fois sur Arte en 2012, La Revanche des Geeks est un documentaire qui interroge la transformation culturelle du « geek » : passé d’une figure marginale, moquée et stéréotypée, à un symbole de succès et d’influence dans la culture populaire contemporaine. En un peu moins d’une heure, le film retrace cette évolution, tout en questionnant la valeur réelle de cette « revanche » médiatique.
Le documentaire se déploie à travers un montage nerveux et dynamique, ponctué d’archives télévisées et cinématographiques judicieusement choisies (extraits de Star Wars, Star Trek, Big Bang Theory, The Social Network…).
L’intérêt du documentaire réside dans son angle sociologique et culturel : il questionne l’essor du geek comme phénomène de mode, analysant comment les figures jadis marginalisées ont été récupérées et intégrées dans la culture mainstream. Les interviews, souvent pertinentes, donnent la parole à des universitaires, des journalistes et quelques icônes geeks.
Le propos est globalement juste : on y voit la montée en puissance du numérique, la démocratisation de l’informatique, la popularité de la SF et des super-héros comme autant de facteurs ayant contribué à légitimer le geek. Mais le film ne va pas toujours au bout de ses questions. La dimension économique (les grosses franchises, le marketing) et l’essor du « faux geek » (la récupération marketing de la figure geek) sont à peine effleurés, alors qu’ils mériteraient un développement plus critique.
Visuellement, le film est efficace, alternant interviews, images d’archives et animations typées « pixel art » pour renforcer son esthétique geek. Le ton reste léger, parfois ironique, ce qui correspond bien à l’esprit Arte. On aurait cependant apprécié un propos plus fouillé sur les zones d’ombre de cette revanche : quid des femmes dans la culture geek ? Des exclus encore aujourd’hui ?
En conclusion, La Revanche des Geeks est un documentaire instructif, divertissant et accessible, qui offre une bonne porte d’entrée pour comprendre ce renversement culturel.