Support: Bluray
Je fais partie de cette génération d’écoliers qui a découvert ce film en cours, sans doute en CM1. Mes souvenirs en étaient diffus, mais les images de la prise de la Bastille et de la tête du gouverneur de Launay au bout d’une pique sont restées gravées dans ma mémoire. Et puis plus rien pendant près de trente ans, jusqu’à l’annonce d’une édition bluray fin 2025 qui me permettrait de redécouvrir cette œuvre, créée pour le bicentenaire de la révolution, et de la confronter à mon regard d’enfant impressionné.
L’introduction à Louis le Grand place d’entrée de jeu l’opulence royale dans le regard d’un enfant Robespierre, clamant sa ferveur au nom du peuple bourgeois, pour mieux se faire éclabousser de boue. Les enjeux de la Révolution sont posés en cinq minutes à peine, de façon efficace. Mais par la suite, ça se gâte.
Car à l’évidence, le budget de 300 millions de francs de cette production internationale est visible à l’écran. Les décors donnent dans le grandiose immersif, allant d’une Bastille reconstituée à Tarascon à la galerie des glaces de Versailles, en passant par les Tuileries, les plaines de Valmy ou la rue des Cordeliers rebâtie à Bordeaux… Les quelque 15 000 costumes sont magnifiques et fourmillent de détails, tandis que la foule, faite de 36 000 figurants, finit de parfaire l’illusion. Nous sommes bien au tournant du XVIIIe siècle, dans cette période charnière pour la France, pour le monde.
Mais tout ce travail est sapé par une écriture qui est paradoxalement très complète (pour plus de 5h30 de métrage) et percluse de raccourcis expéditifs, donnant un sentiment de manque permanent, de trous dans le récit. Cette ampleur, esquissée dans la restitution de cette époque par les éléments matériels de la production, est desservie par le cachet téléfilmique de la réalisation, plate et sans âme (sans doute à cause de la petitesse des délais, le film devant à tout pris sortir en 1989). En résulte un film aussi impressionnant que décevant par son aspect mollasson.
Cela n’aide évidemment pas que le casting soit lui aussi international, les doublages approximatifs se juxtaposant aux jeux en langue de Molière pas toujours heureux non plus, et ce malgré la richesse de la distribution allant de Peter Ustinov à Sam Neill, en passant par Christopher Lee, Dominique Pinon ou François Cluzet. Tout juste sauvera-t-on la performance de Jean-François Balmer, parfait en un Louis XVI fébrile mais pas malveillant, tout simplement déconnecté et benêt.
Reste la question de l’exactitude historique sur laquelle je ne me prononcerais pas, n’ayant ni la prétention d’être un expert en la matière, ni ne prêtant à ce film un caractère documentaire que lui-même rechigne jusque dans sa citation apocryphe de Danton qui vient clore le film. La Révolution Française tente de dresser un fil rouge sur une période dense, complexe, et aux tenants et aboutissants dépassant le simple cadre chronologique des cinq années présentées. Le film est avant tout véhicule d’une idée de la Révolution, et de ce qu’elle doit représenter dans le paysage culturel français.
Un bon film scolaire donc, pouvant servir de base solide au constitutif de l’imaginaire des écoliers, mais devant être étayé par le professeur accompagnant. Pour le cinéphile, bien que la séance passe relativement bien par rapport à la durée, on reste un peu sur sa fin.