Une étrangeté du cinéma d'horreur français - genre déjà bien étrange en soi - notamment du fait de la présence au casting d'Anny Duperey et de Philippe Lemaire, beaucoup plus habitués aux productions traditionnelles. Celle d'Howard Vernon, dont le nom semble presque indissociable de celui de Jess Franco, étonnera beaucoup moins.
Une étrangeté donc, à mi-chemin entre le gothique italien des années 60 et Les Yeux sans Visage d'un Franju qui aurait tout de même perdu pas mal de sa superbe en route. Car La Rose Écorchée prétend en effet reprendre en partie les thématiques principales de cette référence quand un chirurgien plutôt douteux est engagé par un peintre mondain également châtelain pour redonner sa beauté à sa femme défigurée grâce à une greffe de visage. S'engagera alors la recherche de la "donneuse" idéale : jeune, belle, innocente et dont le consentement ne sera évidemment pas une franche priorité.
Voici donc un sujet en or pour un Mulot aux ambitions gothico-bisseuses décomplexées et très à cheval sur le cahier des charges à respecter : sinistre château gardé par deux nains habillés de peaux de bête et nommés Igor et Olaf (interprété, à en croire le générique, par l'oublié Johnny Cacao), chemisiers transparents, effeuillages gratuits, errances nocturnes à la lueur des chandeliers, nuit d'orage, traque dans les bois ou clinique sanglante ; rien ne manque. Rien sauf que, peu à peu, Mulot se met à prendre son petit carnaval de l'horreur de plus en plus au sérieux, s'imaginant metteur en scène d'une intense tragédie avec ses scènes dramatiques très premier degré. Le résultat pourrait bien sûr prêter à sourire, et c'est parfois le cas, mais avec un score de qualité, largement plus crédible que celui d'un bis ordinaire, des acteurs principaux au niveau et une certaine attention portée à la psychologie des personnages, sa démarche pas totalement aussi bouffonne que prévu invitera à une certaine tolérance.
Bien entendu, La Rose Écorchée reste globalement mauvais. Cependant, cette tentative un peu bâtarde de gothique moderne, où les décors contemporains prennent une bonne place, sait par moments effectuer quelques bons virages pour éviter la sortie de route complète et représenter aujourd'hui les vestiges d'un temps où l'on n'avait pas peur de l'accident.