Ce qui est le plus intéressant dans ce film, ce n'est pas sa vision bienveillante et simple de l'Inde voire simpliste puisque sont mis de côté les nombreux problèmes sociétaux pour n'en garder que la beauté ( mais c'est une chose qui se défend, nous ne sommes pas toujours obligés de montrer le pire quand on souhaite montrer avant tout le meilleur ) mais son personnage principal ( attention, je ne suis pas du tout objective, je suis littéralement tombée amoureuse de Judy Davis avec ce film ) qui est assez unique dans l'univers des personnages principaux au cinéma : elle est absolument ordinaire. Mais contrairement à la vision de Lean ( et par conséquent aussi celle de l'auteur du livre qui a donné naissance au film ) sur l'Inde, ce personnage n'est pourtant pas simpliste, et encore moins simple. Sous son apparence de jeune femme de bonne famille, bien élevée, raisonnable, se cache une femme troublée par ses désirs sexuels. C'est d'ailleurs ce qui va déclencher l'élément perturbateur du film : l'agression sexuelle de la jeune femme anglaise ayant un certain rang social par le médecin indien musulman Aziz.
C'est un film à double tranchant, on peut le recommander à ceux que les affaires d'injustices basées sur la discrimination intéressent, et en même temps, après le MeToo, c'est assez délicat. Pourquoi est-ce délicat ? Parce que, spoiler sans véritable spoiler puisque le film ne nous laisse jamais réellement croire que ça a pu éventuellement arriver, l'accusation ne repose sur rien, Adela l'accuse à tort. Dans ce film, qu'il faut vraiment voir comme une oeuvre artistique et absolument pas comme une sorte de dénonce des dérives de l'imaginaire féminin, voire comme une preuve de tout le mal que peut amener l'hystérie si chère aux misogynes, c'est parce qu'Adéla est troublée par sa propre sexualité, qu'il faisait chaud, que leurs mains se sont touchées, que l'écho dans la grotte ( parce qu'il y a toute une sorte de mysticisme à propos des grottes de Marabar, lieu central du film et qui doit d'ailleurs apparaître à peu près à la moitié du film - ce qui vous donne une idée du temps qu'il faut avant que quelque chose ne se passe dans ce film ) qu'elle se met à divaguer et à accuser Aziz de viol.
MAIS ( ce film ne serait pas si intéressant et serait encore difficilement défendable aujourd'hui si ce qui suit n'avait pas lieu ), lors du procès,
Adéla reconnaît s'être trompée, alors qu'elle est placée devant tout un public, que le procureur attend qu'elle affirme avec certitude que oui, Aziz a bien commis ce pour quoi elle l'accuse, elle se trouble et comprend qu'elle s'est trompée et c'est avec un courage admirable qu'elle dit la vérité.
D'ailleurs, pour tous les amoureux de Lynch, il y a une scène, celle précisément où Adéla se retrouve dans la grotte de Marabar, seule, qui, si on la sortait du film, pourrait passer sans problème pour l'une des scènes de cet autre David. Je connais mal le cinéma de Lean, mais ça doit être l'une des rares fois ( où alors il a des accès de génie une fois par film )où sa manière de filmer brise un certain classicisme. Mais ce n'est pas parce que c'est assez classique ( j'emploie ce terme de manière large, juste pour dire qu'il n'y pas vraiment de quoi s'extasier ) que sa manière de filmer est tout à fait inintéressante, et c'est même durant les scènes où il montre les perturbations de la jeune femme, que Lean se montre vraiment maître.