Et soudain le néant... Sans explication, une tour HLM se retrouve isolée du monde par des ténèbres meurtriers. Aussi hétéroclite que cosmopolite par sa diversité, le microcosme formé par les habitants du lieu tente d'organiser sa survie face à l'impossible. Avant que le temps ne fasse encore plus dégénérer la situation...
Une population précaire laissée au ban par ceux qui devraient lui apporter des réponses, un confinement forcé qui la condamne toujours plus à ce statut de bulle à part du monde extérieur... La signification de la noirceur qui vient envelopper les appartements de "La Tour" a les contours évidents d'un cri d'alarme sociétal laissé depuis trop longtemps sans réponse. Mais la spécificité de ce constat inquiétant va avant tout permettre à Guillaume Nicloux ("Cette Femme-là", "La Clef") d'exposer sa vision désespérée et surtout plus large de la condition humaine ici dépouillée de tout carcan social.
Certes, devant une situation aussi extraordinaire, l'environnement de ce HLM va pousser un temps ses occupants à se réunir en clans définis par des affinités vers ceux qui partagent les mêmes origines, opinions ou croyances... Mais la narration, pensée en ellipses, va s'acharner à démontrer le mirage éphémère que représente ce mode de fonctionnement, brisant de l'intérieur -quand ils ne s'entredévorent pas- chacun de ces maillons communautaires par la barbarie qui les gangrène ou les parasites individualistes qui causeront leurs chutes.
Par son postulat et le nihilisme jusqu'au-boutiste qu'il engendre (l'Homme sera décidément toujours un loup pour l'Homme), "La Tour" avait de quoi faire entendre une petite voix étonnamment sombre dans le cinéma de genre français mais le résultat est hélas beaucoup trop maladroit, ne trouvant que rarement la tension qui aurait pu l'élever à un niveau plus percutant (au-delà de quelques séquences chocs) et peine à installer/maintenir un soupçon d'empathie vis-à-vis de ses protagonistes sur la durée (le jeu très amateur de certains acteurs n'y aide pas).
Les intentions nichées dans les fondations de "La Tour" sont donc louables et sa construction n'est pas dénuée d'intérêt mais le bâtiment apocalypto-HLM inauguré au cinéma se loupe malheureusement sur de trop nombreux points de son architecture centrale pour rester dans les mémoires.