Attention : Full spoiler


Le film suivait son chemin et je m’imaginais sortir d’une séance ennuyeuse comme ça arrive parfois. Les comédies romantiques à la trame huilée et huileuse dont les dénouements sont cousus de fils blancs mais sortent malgré tout du chapeau, il faut être d’humeur.  


Pourtant, petit à petit, une colère viscérale surprenante s’installe en moi, me tend le corps et tord ma bouche. 


Que s’est-il passé ? Quelques jours plus tard, je n’arrive toujours pas à mettre le doigt sur ce qui me mit hors de moi. Qu’est-ce qui franchi, dans la Vénus Électrique, la limite entre pénible et digne de rage ? 


D’abord, inventons des mots pour décrire le film : la ringarditée doucerance d’un Montmartre des années folles fantasmé, l’esbrouferie coquetteresse des mises en abyme de la mise en scène comme outil de séduction, la puritainerie mignonnaise d’une paire de fesses “transgressive” et d’une teub qui fait tellement rougir qu’on n’ose même pas la nommer dans son journal intime (pas plus que dans son film, soit dit en passant) et enfin, l’espieglerade taquineuse d’un canular inoffensivo-rigolardu motivé d’abord par le pécule puis pour sexer un veuf endeuillé qui croit embrasser le fantôme de sa femme.  


Loin de moi l’idée de moraliser. Dans la fiction, rien n’est interdit, tout peut être dit ou fait par n’importe qui. Il existe alors bien des manières de faire pour déranger le public : la provocation, l’abstraction, l’onirisme, le frontal, le secret, l’absurde, etc. Il y en a pour tous les goûts. 


Ici donc, le problème n’est pas la trame volontairement immorale, mais bien son écrin doucereux, mignon et acidulée de comédie romantique à “antihéros” gentiment salauds. 

C’est une arnaque, certes, mais là encore, rien de révoltant. Mentir c’est l’essence de la représentation. 

Un film déceptif pour une histoire d’arnaque, ce serait même approprié.


Si tant est qu’on puisse dissocier les deux, la forme du film racontant totalement autre chose que son fond, qu’ai-je à y redire si ce n’est que ce n’est pas à mon goût ? 

On nous raconte gentiment que manipuler les autres pour les agresser sexuellement, quitte à les pousser au suicide, c’est drôle. Derrière l’enrobage sucré, gargarisme de cynisme. Où est le problème ? 


Encore faudrait-il qu’il soit au courant.

Voilà un film qui croit dire « coquin » quand il dit « violent ». Un film sans cohésion de jeu d’acteurs, de décors, de costumes, de systèmes de narration, déroulant son programme benoîtement sans savoir ce qu’il fait ici. Il se pare des bijoux de la comédie romantique, décalée, délurée, délirante, inoffensive, mais raconte en réalité des personnages sarcastiques, nihilistes, égoïstes, cruels et qui n’en ont – ni eux, ni le film – pas la moindre conscience. 


L’ironie, quand c’est volontaire, on appelle ça du second degré. Lorsque c’est inconscient, c’est seulement grossier. 


Voilà donc mon point de rupture : au bord d’un étang, une fausse voyante prétend être possédée par la défunte d’un peintre veuf. Les yeux blancs, la paume des mains vers le ciel, elle joue le fantôme ne désirant rien d’autre qu’un baiser de son amour. Le mari ingénu résiste un peu. Il cède. Les spectateurs attendris rient. Et lorsque la ferveur du baiser dépasse la nostalgie, le mari s’enfuit. 


Pourquoi l’ironie grossière et inconsciente de cette croûte me dégoûte tant ?

Par ce qu’elle fait rire les spectateurs devant une culture du viol vendu comme une histoire d’amour.

Puis, nous explique que tout ça ne peut pas être bien méchant puisque, la supercherie dévoilée, les rôles finissent par s’inverser : l’arnaqueuse se fait avoir et manque de mourir dans ce qui s'imagine être un Roméo & Juliette à happy end. Un partout la balle au centre. 

Le film, convaincu de sa propre gentillesse, nous servira même, en guise de morale finale, coup de grasse et d’absolution de tous les péchés :  « ils ont fait ce qu’ils ont pu » puant la décharge creuse dans laquelle on fourre tout dès qu’on ne sait plus quoi dire.


J’exagère, je suis dur, ce n’est pas si grave, pas si important. Mais que tout ceci soit par-dessus le marché, involontaire, est écœurant.

Théo_Madar
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le 9 juin 2026

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Théo Madar

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